Un hommage aux 250,000 victimes de l’impérialisme en Colombie: le cycle de Gabriel Garcia Marquez

1914 – 1944 – 2014 Ukraine, Russie, « Europe »,
Une relecture « européenne » du cycle de GABRIEL GARCIA MARQUEZ, ou : Du cycle imaginaire de MACONDO, vu comme Parabole du Siècle écoulé, (Mais pas tout à fait… !)

 Gabriel Garcia Marquez 001

 

Alors que la tension monte entre la Russie et les USA, autour du sort de l’Ukraine, le discours commun, vu par les « pacifistes », les « antinucléaires », et autres utopistes, tout comme celui, tout à fait officiel, des souteneurs du coup d’état « Euro-Maïdan », est de pousser des cris d’orfraie, contre un « retour de la guerre froide » !

Comme si le siècle passé, en 2014, n’était pas encore tout à fait mort…

Les frontières entre les siècles semblent donc livrées à l’instabilité des conflits…

L’année 1914 est le plus souvent considérée comme la fin réelle du 19e siècle.

2014 devait être l’année où cette fin apocalyptique du 19e siècle pourrait enfin descendre des monuments pour rentrer dans les livres d’histoires, que les enfants modernes, du reste, ne lisent plus…

Et c’est le moment où Gabriel Garcia Marquez nous quitte, loin de son pays natal, où la paix n’est jamais véritablement revenue…

La guerre civile en Colombie est une prolongation bien réelle et douloureuse du 20e siècle. Les guérilleros colombiens, qui nous apparaissent comme des reliques vivantes d’un autre temps, des desperados échappés d’entre les pages d’un conte marquezien, rescapés improbables de la ruine cyclonique mythique de Macondo, sont pourtant un authentique héritage du combat social planétaire qui sous-tendait précisément la « guerre froide ».

« Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner. » Déclarait le milliardaire américain Warren Buffet, en 2005.

Depuis, en dépit de la violence de la crise économique, la lutte de classe n’a évidemment pas disparue, mais elle se résume à des combats d’arrière-garde, ou de survie précaire, et n’a toujours pas reconstitué d’alternative réelle à l’impérialisme.

Des luttes locales de résistance populaire, comme en Ukraine, se mènent en de nombreux points de la planète, mais elles se mènent sur une base essentiellement nationaliste, et ne constituent pas une perspective globale d’alternative sociale à l’impérialisme.

Bien évidemment, si l’Union Soviétique a disparu, ce n’est ni au faîte de sa gloire ni au sommet de sa puissance. Elle avait sérieusement dégénéré, certes, mais si elle ne brillait plus de tous ses feux et ne constituait plus véritablement un phare du socialisme, elle n’en était pas moins l’héritière d’un siècle de luttes prolétariennes, et demeurait, jusqu’au début des années 80, la principale base arrière et le soutien vital des luttes anti-impérialistes à travers le monde.

Pour cette raison, l’abattre à tout prix demeurait l’enjeu essentiel pour l’impérialisme US. C’est pourquoi faire une analogie entre le comportement de la Russie d’aujourd’hui et celui de l’URSS d’hier est une analogie simpliste et qui ne correspond qu’à une vision grossière de la réalité.

En pratique, c’est du journalisme de « Café du commerce », autour d’un ballon de Côte du Rhône, ou de Beaujolais, selon le goût de l’impétrant !

En réalité, parler de retour à la guerre froide est un raisonnement de type analogique primaire, et par conséquent, erroné dans son principe, sa méthode, et donc, finalement dans ses conclusions, sans même parler de ses prémisses ubuesques.

Si la Russie actuelle manifeste un tempérament un tant soit peu « belliqueux », elle n’a, en réalité, pas le choix d’une autre attitude, à part ramper jusqu’à sa ruine totale, ce qu’apparemment, l’impérialisme US continue d’espérer…

Pourquoi ? Voilà une question essentielle qu’il est juste de se poser, simplement d’un point de vue géopolitique, et même en dehors de toute considération idéologique.

L’un des premiers objectifs du démantèlement de l’URSS était déjà, pour l’impérialisme US, de reprendre pied sur les marchés de l’Europe de l’Est, objectif déjà largement atteint, avec une faible résistance résiduelle en Biélorussie, en Serbie et en Ukraine…

S’en prendre à l’Ukraine, avec le coup d’état pseudo-« démocratique » de la Place Maïdan, c’était tout simplement négliger le fait que l’Ukraine, indépendamment du problème de la Crimée, est d’abord le berceau historique de la Russie…

Si l’on veut une analogie valable, en voici une : traquer l’ours jusqu’au fond de sa tanière, c’est l’obliger à contre-attaquer… !

Mais outre cette considération nationaliste, qui cimente néanmoins l’effort de résistance russe, il faut comprendre que l’option militaire est, de toute façon, dans le contexte économique de la crise mondiale, la seule issue possible pour la Russie, si on veut absolument lui retirer tous ses débouchés sur l’Europe de l’Est, ce qui semble bien être l’objectif actuel, tant des USA que de ses vassaux « européens », dont la France.

Cette situation n’est pas un prolongement de la « guerre froide », en tant que telle, mais plutôt une conséquence lointaine de ses dernières phases et en réalité, de son issue…

Durant la « guerre froide », le moment où les USA étaient au plus mal, en termes de rapport de forces géostratégiques, c’était au début des années 70, quand la guerre du Viêt-Nam s’éternisait et faisait jaillir des espoirs de libérations multiples dans le tiers monde…

De plus, le coût de la guerre, de par cette impasse, commençait à l’emporter largement sur les bénéfices, et hypothéquait la domination financière US…

D’où la liquidation des accords de Bretton Woods…

Et d’où, surtout, le choix stratégique d’une ouverture à la Chine, comme champ d’expansion de secours pour la circulation des capitaux, et la réduction du poids relatif de la réserve monétaire soviétique, amenant progressivement l’URSS à l’étouffement et à la ruine…
Ce constat historique évident, mais que personne, semble-t-il, ne veut voir, et pour cause, nous oblige à revenir à la base, à ce qui fonde vraiment, depuis le début du 20e siècle, la domination impérialiste, à savoir, la domination du capital financier !

Depuis cet accord, élaboré dès les années 70, l’interdépendance financière des USA et de la Chine reste, en dépit de leurs rivalités superficielles, le tandem qui domine la circulation mondiale des capitaux, et auquel l’ « Europe » est également inféodée, comme pièce secondaire du dispositif.

La Russie, essentiellement ruinée dans ce processus, n’a pu y arrimer son développement économique. Il lui aurait fallu, pour ce faire, accepter d’être au mieux la cinquième roue du carrosse US… Ce qui eut été possible avec Gorbatchev, Eltsine, ou un autre légume de cette sorte, mais apparemment pas avec Poutine !

A vrai dire, la nature ayant horreur du vide, même, et surtout, en Russie…, il est probable, si Poutine n’avait pas succédé à ces liquidateurs, qu’un autre mouvement nationaliste russe aurait pris le relais, de toute façon… De sorte que Poutine n’est pas un effet du hasard, mais en réalité, un produit des circonstances que « l’Occident », et surtout les USA, ont délibérément créé…

S’il y a une analogie à faire, en matière de nationalisme, elle serait plutôt à chercher du côté de Versailles (Versailles-Chantier… si l’on veut une allusion au gag de Fernand Reynaud, dans le rapport à la Chine, évidemment…), c’est à dire du côté de ce chantier de mort que fut le traité de Versailles en 1919, comme rampe de lancement du néonationalisme allemand et finalement, du nazisme !

L’analogie, toutefois, là aussi, ne peut être qu’un rappel historique des conséquences de l’humiliation d’un peuple, mais nullement une méthode d’analyse.

En effet, le développement exponentiel du nazisme, largement toléré, sinon hypocritement mais efficacement encouragé par le reste de l’ « Occident », avait une fonction précise : être le rempart et le fer de lance du même « Occident » contre l’influence grandissante de l’URSS…

Ce n’est que l’échec final de cette « mission » qui a poussé l’impérialisme US à intervenir en Europe, et finalement, se saisir de l’occasion pour y établir sa domination, sous laquelle nous « vivons » encore, depuis 1944, et qui s’étend toujours plus vers l’Est, en passant aujourd’hui par la Russie…

Mais la Russie a toujours pour elle l’immensité de son territoire, et pas mal de ressources naturelles, qui lui évitent une ruine totale, et pour espérer un peu de développement économique, elle est donc finalement acculée à résister, y compris militairement, partout où elle le peut, comme en Syrie, en Ukraine, et ailleurs, demain, si faire se peut, ce qu’on ne saurait lui reprocher, surtout nous, français, dont l’intérêt serait plutôt, au moins tactiquement, et si nous avions l’ambition de survivre comme peuple indépendant, de nous y allier… sauf à ramper jusqu’à notre ruine finale, aux pieds de l’impérialisme US, comme le font tous nos gouvernants, de droite comme « de gauche », ces dernières années.

Toutefois, il s’agit bien là, dans un cas comme dans l’autre, d’une logique de guerre, qui parait devenir inévitable comme « solution » impérialiste à la crise, qui est bien la crise de la « mondialisation », comme résultat de la circulation effrénée des capitaux spéculatifs à l’échelle mondiale.

Voilà pourquoi l’impérialisme US pousse la Russie dans ses retranchements, et cherche à achever ce qui reste de sa puissance économique : elle est à la fois le seul pôle de résistance potentiellement autonome économiquement et le seul champ d’expansion encore suffisamment vaste pour un nouveau sursaut du capitalisme financier en crise, une nouvelle aire de circulation pour les fonds spéculatifs jamais rassasiés de surprofits…

Le point de départ de ce cycle particulier, hypocritement baptisé « mondialisation » est, on l’a vu, à chercher au moment du véritable basculement de la « guerre froide », c’est-à-dire avec l’alliance Chine-USA élaborée au cours des années 70, et pérennisée depuis, en dépit des apparences, qui ne sont que des rapports de forces entre complices obligés…

Si la domination du capital financier a pris une tournure particulièrement spectaculaire dans cette phase, on le doit évidemment aux moyens de communications modernes qui lui donnent des possibilités de développement exponentielles et d’autant plus délétères, mais elle n’a pas surgit comme un champignon après la pluie, au refroidissement, si l’on peut dire, paradoxalement, de la « guerre froide »…

Ce que le début de notre 21e siècle veut absolument et précisément oublier, surtout en 2014, c’est que la domination du capital financier, comme fondement de l’impérialisme moderne, était déjà la cause profonde de la première conflagration mondiale, en 1914… !

Un siècle d’oubli,

ou bien un siècle d’amnésie volontaire… ?

Un siècle d’oubli qui a fait des millions de morts en deux guerres mondiales, uniquement séparées par un très court rebond et par la crise financière et économique à la fois la plus symptomatique et la plus symbolique, dans l’inconscient collectif…

Amnésie toute relative, donc, et hypocrisie condescendante, en réalité, durant toute la période des « trente glorieuses », où le capital financier retrouve de nouveaux débouchés, sur ses bases anciennes, à reconstruire et à redévelopper les forces productives détruites durant l’essentiel de la première moitié du siècle, en dépit, et/ou grâce à l’essor scientifique et technologique prodigieux…

Mais cela n’avait guère ralenti, pour autant, la circulation des capitaux spéculatifs dans le reste du monde, où l’impérialisme continuait d’exercer ses ravages le plus cyniquement du monde, en se souciant peu de communication, les médias d’époque leur étant déjà tout à fait inféodés…

Gabriel Garcia Marquez était un grand ami du "Lider Maximo
Gabriel Garcia Marquez était un grand ami du « Lider Maximo

1927 : Année de la naissance de Gabriel Garcia Marquez…

1965 : Année de création de « Cent ans de solitude »…

Dans les dernières années du siècle mythique et romanesque de Macondo, s’implante au village une « compagnie bananière » nord-américaine, dirigée par un très symbolique « Mr. Brown »…

C’est au cours de cette période que « José Arcadio Segundo », devenu leader syndicaliste, se retrouve assommé et embarqué pour mort dans un « mystérieux » train de nuit où les cadavres des grévistes ont remplacé les bananes et seront jetés à la mer…

Cet épisode, expressif à la fois de la violence impérialiste et du non-dit qui la recouvre encore, n’est pas sorti uniquement comme un tour de magie morbide du réalisme marquezien :

C’est la transcription quasi-historique, dans le cadre imaginaire de Macondo, d’un évènement réel, essentiel dans l’histoire de la Colombie, et connu comme « le massacre des bananeraies », ou « massacre de la Cienaga », commis par l’état colombien pour le compte de la « United Fruit Company », dont les avatars US actuels continuent d’opérer sur le terrain.

Massacre des bananeraies peinture

Le nombre réel des victimes est aujourd’hui estimé entre 1000 et 1500 morts, hommes, femmes et enfants, rassemblés pacifiquement, sur la Place de la Gare, à Ciénaga.

C’est arrivé dans la nuit du 5 au 6 Décembre 1928.

Gabriel Garcia Marquez est né le 6 Mars 1927.

Des enquêtes récentes tendent à montrer que l’action aujourd’hui plus « discrète » des groupes paramilitaires, pour la « protection » des intérêts US en Colombie, auraient fait, ces dernières décennies, plus de 250 000 morts.

 

Actuellement, en France, certains tribunaux débattent doctement de la responsabilité de tel ou tel lampiste dans les massacres du génocide rwandais.

Pourtant, l’étude de cette tragique histoire ne laisse guère planer de doute sur la responsabilité de notre pays… Autre non-dit de l’impérialisme, le nôtre, et qui met à son tableau de chasse africaine un « petit » million de morts…

Auquel il faudrait ajouter, plus récemment, autour de 50 000 morts pour notre intervention « humanitaire » en Libye, sans oublier quelques milliers de morts probables pour le conflit ivoirien, dont le bilan est encore plus opaque, si possible…

Depuis, Mali, Centrafrique, l’histoire de la « Françafrique » continue de s’écrire, quelle que soit la « couleur » du gouvernement impérialiste français…

Si nous avons échappés de peu à un éventuel engagement direct en Syrie, c’est précisément et uniquement grâce à l’habileté diplomatique de Poutine…

Mais ces temps-ci, en Mer Noire, la France est déjà sur place, avec ses navires, dans le cadre de manœuvres bien coordonnées.

Il n’est pas inutile de rappeler, à cette occasion, que la France fit déjà partie des puissances intervenant en Mer Noire, en 1919, contre la toute jeune République Soviétique…

L’« Europe » se serait-elle enfermée dans un temps cyclique, comme celui du village de Macondo ?

D’une certaine façon, c’est ce que nous suggère l’analogie primaire qui voit dans la situation actuelle de l’ « Europe » un retour de la « guerre froide »…

Une sorte d’évolution régressive…

Mais la « guerre froide » portait encore en elle-même les germes latents d’une alternative, ce qui n’est pas le cas de la situation actuelle, qui combine une sorte de « balkanisation » de l’Europe de l’Est avec une mainmise grandissante de l’impérialisme US.

Une phase de « balkanisation », effective depuis le démantèlement de l’URSS, et surtout, de la Yougoslavie, nous ramène donc finalement, en pratique, à une inféodation globale de l’« Europe », qui est plus que jamais une fiction comme entité autonome, et plus que jamais un cartel d’intérêts soumis à l’impérialisme US.

C’est à l’issue du premier conflit mondial, que l’impérialisme US a véritablement pris sa dimension planétaire, même s’il a attendu l’opportunité du second pour la parachever. La première « balkanisation » de l’Europe du Sud-Est, était déjà, en quelque sorte, à partir de 1918, une hypothèque prise par les USA, sur un « avenir » incertain, mais qu’ils continuent habilement à transformer, aujourd’hui !

Force est donc de constater que si nous vivons bien une phase régressive de l’Europe, elle nous ramène plutôt à la situation qui prévalait à l’époque de la première guerre mondiale, en ce qui concerne la nature profonde des tensions internes, à cette très grosse différence près que les USA sont aujourd’hui totalement maîtres du jeu, en face de la Russie, et que le conflit, s’il se développe, se fait essentiellement pour leur compte, et que les nations qui jouent ce jeu dangereux, dont la France, ne sont plus que leurs pions…

Dans le temps cyclique du village de Macondo, c’est l’épisode tragique de la grève à la bananeraie qui est le début de la décadence, non pas tant, précisément, par l’expression ouverte de la violence, mais au contraire par le non-dit et la perte d’identité qu’il recouvre.

Et plus le cycle de Macondo se referme, et plus il devient le royaume du non-dit…

Et pourtant, paradoxalement, c’est un royaume dont l’histoire est écrite d’avance, dès les premières pages, par les prophéties du gitan-alchimiste Melquiadès, puis définitivement scellée dans ses grimoires indéchiffrables, qui sont, en quelque sorte, la mémoire anticipée du village.

Dans un premier temps, la venue de Melquiadès représente à la fois l’arrivée du progrès et des illusions de richesses et de pouvoir qu’il engendre et déclenche.

Mais Melquiadès lui-même est relativement lucide, et s’il semble en jouer, il n’en lance pas moins quelques avertissements justes quant à son utilisation possible, que personne n’écoute… Pour finir, à l’état spectral, il devient en quelque sorte la conscience collective enfouie du village, mais qui ne peut l’arracher à son destin…

Lorsqu’il revient au village pour le guérir de la peste de l’insomnie et de l’oubli, il revient lui-même d’entre les morts et s’il reste à Macondo, c’est déjà essentiellement parce qu’il est accepté grâce à ce statut de conscience spectrale…

Dans une structuration cyclique du temps, le cycle temporel le plus absolument défini dans sa durée est celui imparti à chaque individu, dans la vie réelle, mais aussi à chaque personnage, donc, dans le roman. Le cycle immédiatement plus vaste qui les relie entre eux, de manière non moins absolue, dans le roman, est la malédiction d’une descendance consanguine.

Dans une Europe cosmopolite, dans une société occidentale brassée par la « mondialisation », nous avons tendance à oublier que c’est un trait récurrent de toutes les sociétés rurales primitives, à travers la planète, et encore valide, en France, au début du siècle écoulé…

Le gitan Melquiadès est pratiquement le seul personnage fondamental du roman qui n’est pas relié à ce cycle.

Par son rôle spectral, relié à la mémoire collective, il a son cycle temporel propre, qui dépasse largement son cycle individuel au sens biologique du terme.

L’autre personnage dont le cycle temporel, par son historicité, dépasse son cycle biologique, est le Colonel Aureliano Buendia. Il représente un autre cycle temporel récurrent, celui de la guerre civile.

 

Il est remarquable que sa nombreuse descendance, 17 fils engendrés lors de ses campagnes militaires lointaines, la seule à pouvoir échapper au cycle de la consanguinité, est par contre marquée par le poids de cette historicité, et même littéralement, par la croix de cendre sur le front.

Elle représente la renaissance potentielle de la radicalité originelle du Colonel, mais qui ne trouve pas d’issue dans ce cycle fermé, et se trouve symboliquement physiquement liquidée avant même de pouvoir y apporter, là aussi, littéralement, un sang neuf…

Il est remarquable que cette métaphore transcendante résume encore, un demi-siècle après sa rédaction, le destin en cours de la Colombie…

En Europe, si la date de 1914 semble aussi bien marquer la fin réelle du 19e siècle, c’est précisément qu’elle marque une transition de cycles.

La fin du 19e siècle, en Europe occidentale et aux USA, avec la révolution industrielle, c’est l’aboutissement du capitalisme triomphant comme moyen de développement exponentiel des forces productives.

C’est aussi l’aboutissement d’un premier cycle de crises, lié à ce surdéveloppement, qui ne peut plus trouver ni créer de débouchés sur ses propres bases.

C’est ce cycle que Marx a décrit avec le concept de crise de surproduction. Il est lié à l’apparition du prolétariat en tant que classe sociale capable de dépasser ce cycle, en l’ouvrant sur un autre avenir, et c’est pourquoi il est aussi lié à l’émergence du Marxisme comme idéologie d’avant-garde de la classe ouvrière.

Si le 19e siècle semble s’achever, en 1914, sur l’échec de cette perspective, c’est bien parce que le capitalisme lui-même a déjà ouvert un autre cycle indispensable à sa survie : la guerre est en réalité la première crise de ce nouveau cycle.

Ce nouveau cycle, c’est la première phase de circulation mondialisée des capitaux, rendue indispensable par l’exiguïté des marchés nationaux. Mais cette nouvelle explosion du capitalisme, ce n’est déjà plus celle du capitalisme créatif des débuts de l’ère industrielle…

Dans cette nouvelle phase, au tournant 19e-20e siècle, il ne s’agit plus, déjà, que de l’expansion des capitaux spéculatifs liés précisément à la domination du capitalisme financier sur le capitalisme industriel. Ce n’est déjà plus le développement des forces productives qui est l’enjeu principal, mais leur répartition la plus rentable possible sur le globe.

Comprendre la transition de phases, c’est comprendre que l’une ne chasse pas purement et simplement l’autre comme un cycle refermé sur lui-même et jeté à la poubelle de l’histoire, pour n’y être plus fouillée que par des historiens charognards et curieux malsains.

Une phase nouvelle continue d’englober l’autre comme une de ses conditions d’existence. Elle peut aussi y revenir, de manière régressive, comme une de ses conditions de survie provisoire ou locale.

Pour le capitalisme financier, en tant que forme spéculative, parasitaire du capitalisme industriel, la destruction des forces productives est, de manière chronique, mais surtout en cas de crise aigüe, un moyen essentiel de régénération.

C’est pourquoi 1914 marque à la fois la fin du cycle des crises primitives de surproduction et la première tentative de repartage mondial de l’impérialisme moderne.

A partir de 1914 c’est un cycle de destructions et de tentatives de nouvelles répartitions des forces productives qui s’amorce, pour la survie du capitalisme pourrissant.

Plus les destructions sont massives et plus la marge de régénération et de survie du capitalisme est extensive.

Non seulement la poursuite du progrès technique n’est pas incompatible avec ce processus, mais elle lui est intrinsèquement liée, à travers les lobbys militaro-industriels, notamment.

Dans ce processus, des phénomènes relativement locaux et provisoires de développement, voire de surdéveloppement, des forces productives, présentent encore certains traits, mais certains traits seulement, du capitalisme industriel primitif, et ne viennent pas contredire la domination du capitalisme financier. Ils en sont un de ses corollaires d’origine.

Ils ne sont aucunement, en eux même et directement, la cause réelle de la crise de l’impérialisme, qui reste à rechercher dans les mécanismes profonds de la circulation mondialisée des capitaux. De sorte que si des phénomènes s’apparentant aux crises de surproduction peuvent apparaitre ici ou là, ils ne sont qu’un « raté » provisoire et local dans l’évolution mondiale de la répartition des forces de production, et même, le plus souvent, un simple décalage ou retard nécessaire à leur destruction et la facilitant.

Ce type de phénomène, parfaitement illustré depuis plus d’un siècle, déjà, par les aléas délétères du marché mondial de la banane, qui reste l’aliment de base pour au moins 400 millions d’êtres humains sur terre, avec ses conséquences tragiques sur l’histoire de pays comme la Colombie, et d’autres également, se retrouve désormais dans la dernière phase de mondialisation, sur les marchés de produits industriels d’usage courant, comme sur les marchés de produits technologiques à forte valeur ajoutée.

C’est ce qu’illustre le cycle des « délocalisations », précisément inauguré au milieu des années 70.

C’est ce que Lénine avait parfaitement compris et exprimé, dès 1916, en anticipant notamment le rôle « futur », et donc désormais cruellement actuel, de la Chine dans ce processus.

C’est le sens fondamental de son analyse, plus que jamais d’actualité, génialement et quasi-prophétiquement résumée dans « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme ». Mais il avait aussi, évidemment, parfaitement compris le paradoxe du capitalisme russe, déjà intégré au marché financier mondial par le système des participations croisées (mécanisme fondamental et toujours à l’œuvre dans le processus impérialiste moderne), et pourtant encore gravement sous-développé en termes de forces productives.

Echapper à la « bananisation » de l’économie russe s’écroulant sous le poids de la guerre était donc une nécessité qui rendait autant caduque la république bourgeoise de Kerenski que le régime moribond des tsars… Cette métaphore ne signifie nullement, pour ceux qui ont du mal à suivre, que les bolchéviques aient eu à lutter contre une invasion de planteurs de bananes, mais que leur nécessaire victoire sur les armées blanche ne constituait pas une base suffisante pour l’éclosion du socialisme.

C’est pourquoi l’orientation donnée par Lénine, en faveur d’un développement économique rapide et autonome de la Russie, était une des conditions de survie et de résistance de la Russie Soviétique contre l’encerclement impérialiste.

C’est pourquoi cette orientation est restée la boussole de l’URSS comme base de la lutte anti-impérialiste mondiale, malgré de fortes distorsions révisionnistes et finalement une relative stagnation dans les dernières décennies précédent sa chute.

Les éléments concrets de cette politique ont été au mieux défini dans un célèbre discours de Lénine, en 1920, que nos intellectuels « de gauche », en France, y compris « communistes révolutionnaires », gauchisants et trotskystes et même la plupart de nos « marxistes-léninistes », sans oublier d’inénarrables « marxistes-léninistes-maoïstes », ont traditionnellement pris l’habitude de tourner en dérision.

Ils en ont extirpé une célèbre formule qu’ils attribuent telle quelle à Lénine : « Le socialisme, c’est les soviets plus l’électricité » (et reprise à l’envie par les ennemis du socialisme et de l’Union Soviétique), prouvant par-là que :

1_ils n’ont pas vraiment lu Lénine.

2_ils n’ont rien compris à l’essence du léninisme, quand bien même l’auraient-ils lu !

On y trouve notamment le point suivant :

« De la guerre impérialiste, les États bourgeois ont réussi à sortir bourgeois. Ils ont réussi à remettre et à reculer la crise qui les menaçait immédiatement, mais ils ont ruiné leur situation dans sa racine à un tel point que, malgré leurs forces armées gigantesques, ils ont dû reconnaître, après trois ans, leur impuissance à étrangler la Russie soviétiste, presque dénuée de forces militaires. Ainsi s’est trouvée confirmée dans sa base notre politique avec nos prévisions, et nous avons eu pour alliés réels les masses opprimées de tous les États capitalistes, puisque ces masses ont fait échouer la guerre. Sans obtenir la victoire universelle, la seule solide pour nous, nous avons conquis une situation dans laquelle nous pouvons exister côte à côte avec les puissances impérialistes, obligées aujourd’hui d’entrer en relations commerciales avec nous. Au cours de cette lutte, nous avons conquis le droit à l’existence indépendante. »

Dans ce texte, Lénine fait le point, avec une lucidité extrême, et sans rien abandonner des fondamentaux du mouvement bolchévique, sur la situation internationale à l’issue de la guerre, mondiale, polonaise et civile.

C’est là qu’il pose les bases de la lutte pour le développement économique, pour le progrès technique indispensable, contre l’analphabétisme et l’obscurantisme, de la Russie soviétique comme nation indépendante et base de résistance et de lutte contre l’impérialisme.

Un siècle après, c’est ce que nos idéalistes petits-bourgeois et gauchistes de tous poils n’ont toujours pas compris !

Avec Lénine, les bolchéviques ont sorti la Russie à la fois du temps cyclique du féodalisme et de l’impérialisme, au moment où elle commençait seulement à s’engager sérieusement dans celui du capitalisme industriel, avec un retard tel qu’elle ne pouvait que s’en trouver inféodée aux puissances impérialistes déjà dominantes, ou sur le point de devenir dominantes, comme l’Allemagne et les USA.

Avec Lénine et le bolchévisme, la Russie Soviétique a ouvert un temps cyclique nouveau, en rouvrant à la fois celui de la révolution socialiste, déjà entrouvert par la Commune de Paris, et en ouvrant le temps cyclique, devenu nécessaire, des luttes anti-impérialistes modernes.

Ce que le temps cyclique du capitalisme industriel primitif et celui de l’impérialisme ont en commun, c’est l’impasse dans laquelle ils mettent le développement des forces productives. Ce qui les différencie, c’est la nature de cette impasse.

Si la circulation mondialisée du capital tend à amortir les crises primitives de surproduction, ce n’est pas du tout en harmonisant le développement entre les nations, comme le prétendent les idéologues bourgeois, et encore plus, les idéalistes petits-bourgeois, arrivistes zélés et impatients, mais au contraire en creusant les inégalités par la répartition constamment changeante des forces productives, qui permet aux capitaux de circuler en sauvegardant leurs surprofits.

C’est cette répartition qui accentue les phénomènes de sous-développement et de « surdéveloppement » relatif, entrainant les migrations de populations contraintes et forcées, en réalité, par la misère.

C’est cette répartition qui entraine la constitution de sociétés fondées sur la division, le communautarisme et la haine, et non pas sur un réel « multiculturalisme », qui ne saurait être imposé par la misère et qui pour l’instant n’existe que dans la tête de nos idéalistes petit-bourgeois, se faisant, souvent sincèrement et involontairement, les relais « humanistes » de la propagande impérialiste.

Les sociétés fondées sur le communautarisme ne fonctionnent avec un certain équilibre qu’autour des phénomènes de développements locaux et provisoires où l’impérialisme permet un relatif partage des plus gosses miettes qu’il peut leur laisser sans réduire ses superprofits.

Leur éclatement en conflits intercommunautaires, dans le temps cyclique des crises de l’impérialisme, est la solution préprogrammée par celui-ci pour désamorcer toute forme de lutte de classe aboutissant à une conscientisation anti-impérialiste.

Rentrer dans le temps cyclique d’une conscience anti-impérialiste exige donc une réflexion redéfinissant aussi bien le concept de développement économique autonome que le concept de solidarité internationale.

C’est une double réflexion, dont les deux termes doivent rester constamment en interpolation pour conserver sa dynamique dialectique.

C’est cette dialectique qui est puissamment à l’œuvre, en 1947, dans le Rapport sur la situation internationale d’Andreï Jdanov, à condition de le comprendre dans sa version originale intégrale, avec sa critique radicale de l’opportunisme des partis français et italiens, et même avec son ébauche de la critique du titoïsme yougoslave, officiellement non exprimée avant 1948.

C’est un exemple typique de la démarche marxiste-léniniste où le droit des nations à disposer d’elles-mêmes s’inscrit dans une démarche anti-impérialiste globale, et où ce droit n’implique nullement un retour au cycle du « capitalisme national » déjà caduque à la fin du 19e siècle !

Une telle démarche doit au contraire impliquer un type de développement à la fois autonome et socialement progressiste, avec les formes adaptées à chaque situation locale, mais ne peut avoir de sens durable que si le prolétariat lui-même y joue le rôle décisif avec son organisation de classe autonome.

Dans les pays aux structures économiques relativement arriérées, il se peut que certaines formes du capitalisme primitif continuent de jouer provisoirement un rôle, comme ce fut le cas avec la NEP instituée par Lénine, mais donc sans constituer aucunement une concession à l’autonomie économique et financière, et sans entraver la marche au socialisme.

Mais dans les métropoles impérialistes comme la nôtre, en France, le droit à l’indépendance nationale, essentiellement vis-à-vis de la domination US, est directement lié à l’accession rapide au socialisme. C’était l’essentiel de la ligne définie par le Kominform, dès 1947, sous l’influence d’Andreï Jdanov.

Ce que Lénine, dès 1916, nous expliquait déjà, avec ce nouveau cycle du capitalisme, celui du capitalisme « pourrissant » , caractérisé par la domination du capital financier, c’est le lien dialectique mortifère qui l’unit indéfectiblement, y compris par sa fonction parasitaire même, au capitalisme industriel désormais incapable de se développer sur ses bases « nationales ».

C’est pourquoi il consacre de nombreux passages de son livre à dénoncer l’illusion que constitue la prétention à vouloir détacher l’un de l’autre. De nos jours, encore bien davantage, il n’est pratiquement plus de petite entreprise qui ne dépende de cette intrication, non seulement pour ses besoins de financement, mais aussi, le plus souvent, pour un marché vital « à l’international ».

Séparer le capitalisme industriel du capitalisme financier, c’est pourtant exactement cette même illusion « critique » que nos idéalistes petit-bourgeois contemporains prétendent encore opposer au système financier moderne, un siècle après !

On la retrouve partout, de l’extrême-droite à l’ « extrême-gauche », sur tout l’arc-en-ciel des « couleurs politiques » françaises, au point, du reste, que certains social-chauvins n’hésitent pas à militer pour un « front républicain » qui unirait toutes ces formes d’opportunisme et de démagogie !

Mais dans la réalité cet arc-en-ciel est une nébuleuse d’intérêts contradictoires, d’où il ne ressort pas la moindre perspective politique, sauf l’enfermement dans un cycle pseudo-« nationaliste », particulièrement régressif et qui ne déboucherait que sur une inféodation mieux déguisée…

L’autre aspect de cet opportunisme, qui prétend au contraire voir des vertus « unificatrices » dans la domination internationale du capitalisme financier, et qui nie précisément, en pratique, le creusement des inégalités, voudrait nous voir attendre, et plutôt passivement, en réalité, le tout à fait imaginaire « murissement » des conditions d’une non moins chimérique « révolution mondiale » ! Cela ne l’empêche pas, au contraire, de combiner cette utopie idéaliste avec le réformisme archi-usé d’une pseudo-« réglementation » du capitalisme financier !

Si nous prenons la peine d’y réfléchir sérieusement, et la tension guerrière croissante en Ukraine devrait, hélas, nous y inciter, le grand redéploiement tous azimuts de toutes ces panoplies d’illusionnistes, que Lénine avait pourtant déjà complètement démasquées voici un siècle, nous montre à quel point nous nous sommes enfermés dans ce cycle impérialiste.

Ce déploiement s’est effectué sur plusieurs décennies, en dépit de plusieurs vagues de luttes sociales importantes.

Ce n’est donc pas la combattivité du prolétariat français qui est en cause. Il s’agit bien d’une victoire idéologique du capitalisme, essentiellement due à la capitulation et au zèle opportuniste des idéalistes petit-bourgeois qui se présentaient comme « idéologues » et « penseurs » du mouvement ouvrier.

Ils n’ont eu de cesse, pratiquement dès l’origine, de reprendre avec un point de vue présenté comme « critique de gauche », les assertions les plus simplistes de la bourgeoisie réactionnaire contre l’Union Soviétique et l’édification du socialisme.

Lorsque l’ébauche d’une critique « marxiste-léniniste » s’est développée au cours des années 60, ce fut sous l’influence du PC chinois et en reprenant, pour l’essentiel, la même argumentation idéaliste.

Lorsque le PC chinois a achevé sa mutation collaborationniste, sous l’influence combinée de Mao Zedong et Deng Xiaoping, la Chine s’est trouvée pleinement intégrée, dès le tournant des années 70-80, au processus impérialiste.

Alors que la « bananisation » de l’URSS était encore, pour l’essentiel, en échec, en dépit de ses travers révisionnistes, la « bananisation » de la Chine devenait un franc succès, avec l’approbation et le soutien enthousiaste de nos pseudo-« marxistes-léninistes » !

Dès le début de ce processus, en 1971-72, il était clair que « Mr. Brown » avait un nom en Chine : Dr. Kissinger !

Parmi nos « marxistes-léninistes », alors que certains s’étaient déjà mués en « marxistes-léninistes-maoïstes », ce qu’aucun n’a su voir, c’est l’évolution du monde qui se produisait sous leurs yeux, et dont ils se voulaient les acteurs… Triste cinéma !

Alors que la fracture ainsi amorcée au sein du camp anti-impérialiste ne pouvait qu’aboutir à l’écroulement total de l’ensemble, quels que soient les discours idéologiques des uns ou des autres, c’est toute l’œuvre de Lénine et du mouvement bolchévique qui était ainsi remise en cause dans ses fondements.

Avec l’intégration de la Chine au processus impérialiste le monde a très rapidement pris la forme, dans la structure de ses rapports de forces économiques, dans le principe de circulation des capitaux, que Lénine, dès 1916, lui voyait prendre en cas d’échec du mouvement ouvrier russe.

C’est une évolution du monde qui était déjà en gestation en 1914, au moment de la vaste trahison de la 2e internationale et de ses « sociaux-démocrates » qui s’apprêtaient à livrer le prolétariat mondial à la grande boucherie impérialiste.

Ce n’est évidemment pas tout à fait exactement le monde tel qu’il aurait été sans l’expérience des luttes de résistance prolétarienne, ni sans la tentative d’édifier le socialisme pour un tiers de l’humanité !

L’expérience de l’Union Soviétique, malgré tous les défauts que l’on peut lui trouver, a au moins eut le mérite immense de prouver deux choses essentielles et uniques :

1_il est possible de maitriser le développement des forces productives en fonction des objectifs sociaux.

2_il est possible de résister à l’impérialisme, même sous sa forme la plus barbare, le nazisme.

Le bilan critique marxiste-léniniste de cet héritage historique gigantesque reste à établir, mais force est de constater que les héritiers politiques de la social-démocratie d’avant 1914, en Europe occidentale, véritables social-impérialistes et pourvoyeurs de guerres, réoccupent maintenant la scène politique en jouant délibérément le jeu, cette fois-ci, du libéralisme économique et de la finance US.

Ils sont les agents zélés d’une domination impérialiste jamais rassasiée de superprofits et n’hésiteront pas à entrainer l’Europe et le reste du monde dans un nouveau cataclysme guerrier pour tenter de solutionner leur crise et d’éviter l’impasse où, inexorablement, ils emmènent le monde !

Voici 90 ans que Lénine gît enchâssé dans son mausolée sur la Place Rouge. Voici donc bientôt siècle qu’il nous a laissé en héritage ses analyses réalistes et décapantes, sa vision prospective lucide sur l’évolution du monde et les possibilités réelles de l’Union Soviétique.

Un siècle où sa pensée a tenté de façonner le monde, à travers l’interprétation qu’en ont fait des dizaines de partis politiques d’importances très inégales.

Dans la logique du Réalisme Magique propre à Gabriel Garcia Marquez, on serait tenté de s’interroger : qu’en aurait-il pensé ? qu’aurait-il pensé de notre monde d’aujourd’hui ?

Mais Lénine n’est pas « Melquiadès », et sa pensée n’est ni un dogme, ni enfermée dans un grimoire indéchiffrable où le destin du monde serait scellé une fois pour toute !

S’il a incontestablement contribué à écrire l’histoire du siècle passé, il a d’abord voulu nous expliquer les mécanismes profonds du monde moderne naissant, pour que le mouvement ouvrier puisse s’y développer en toute connaissance de cause.

De sorte qu’il est plus juste de dire qu’il n’a pas écrit UNE histoire du monde, mais potentiellement plusieurs, en fonction des options stratégiques à choisir…

Dans la veine du Réalisme Magique on pourrait imaginer qu’une petite étincelle mémorielle coincée dans l’ADN de la dépouille de Lénine se connecte à un Smartphone perdu là par quelque touriste en visite au mausolée, et qu’il essaye de comprendre notre pauvre monde…

Il serait certainement plutôt déçu de constater que le scénario réalisé n’est pas, et de loin, son favori…

Il serait peut-être par contre lui-même étonné de voir à quel point l’intégration de la Chine au processus impérialiste se conforme à son modèle prospectif de 1916… !

En voyant à quel point nous nous sommes laissé entrainer dans cette spirale régressive, il nous livrerait peut-être quelques réflexions philosophiques sur le temps cyclique…

En examinant l’état actuel du mouvement ouvrier et surtout des mouvements qui se réclament de sa pensée, il serait certainement d’autant plus consterné…

Mais du moins, désireux de ne pas se résigner à une fatalité apparente, peut-être tenterait-il de lancer quel qu’anonyme message d’alerte, tel un Edward Snowden d’outre-tombe, avant de retourner à son éternité historique…

Pourtant ses œuvres ont été traduites dans toutes les langues et sont, pour l’essentiel, gratuitement accessibles sur le net !

Elles ne sont pas, comme les grimoires de « Melquiadès », écrites dans un code « chiffré les vers pairs à l’aide du code personnel de l’empereur Auguste et les impairs avec les codes militaires lacédémoniens » ! Le problème n’est donc pas qu’on ne peut plus les comprendre, mais bien plutôt qu’on ne VEUT plus les comprendre !

(à suivre: tître de la suite: Le massacre des bananeraies et l’assassinat d’un grand leader )

 

 

3 commentaires sur “Un hommage aux 250,000 victimes de l’impérialisme en Colombie: le cycle de Gabriel Garcia Marquez

  1. c’est pas les morts qui manque autant de guerre cette roue qui tourne toujours du mauvais sens nous sommes très ignorant mais la beaucoup moin , aujourd’hui ont n’as pas encore trouvez la recette destructive pour qui est la enfin la paix

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