La Sexualité Sacrée: Se montrer nue sans retouche ou la vraie beauté

Prendre en photo des femmes dans leur quotidien mais nues. Voici ce qu’est The Nu Project en une phrase. Une idée simple, mais pas facile à appliquer.

 

On tenait à vous présenter ces séries de photos de femmes naturelles et pas retouchées, une chose suffisamment rare de nos jours pour qu’elle soit soulignée. Ces femmes sont tout simplement sublimes sans fioritures.

La genèse du Nu Project

C’est en 2005 qu’un Américain et sa femme débutent ce projet. A la suite d’une discussion sur un forum, Matt Blum, photographe, se rend compte que beaucoup de femmes ne connaissent pas le corps de leurs pairs.

En effet, tous les autres corps de femmes qu’elles voient ne sont que ceux retouchés et publiés dans les magazines. Pour beaucoup, il est impossible de s’identifier à cette beauté standardisée.

Matt dit lui-même qu’il a eu l’idée de ce projet car il n’aimait pas la majorité des photographies nues qui sont, soit faites pour montrer un corps parfait, soit faites pour montrer que toutes les femmes sont dans la moyenne.

 

 

 

Si le photographe a choisi de se focaliser sur le corps des femmes et non celui des hommes, c’est parce qu’il pense qu’elles sont jugées bien plus durement sur leur physique que ces derniers.

Le déroulement du Nu Project

Etant photographe, Matt Blum a choisi de s’investir bénévolement et de ne pas faire payer ses services. Matt shoote dans un premier temps des femmes de tout âge et physique originaires d’Amérique du Nord où il habite.

Une femme, un lieu, une photo

Il n’y a aucun parti pris sur une typologie de femme, juste des femmes dites « normales ». Pour qu’elles se sentent bien, chaque photo est prise dans leur habitation et dans un univers qui leur ressemble.

La mise en scène est simple, spontanée. Matt ne rencontre effectivement pas son modèle avant et ne connait pas la topologie du lieu du shooting. Cette authenticité est marquée aussi par le fait que les clichés ne sont pas retouchés ce qui est très rare de nos jours.

Le but du Nu Project

Ces femmes qui dévoilent leurs corps sans vêtements sont rondes, minces, avec une taille marquée, des fesses bombées ou non et n’ont rien en commun. Ainsi, elles illustrent parfaitement la diversité qui existe sur Terre en termes de morphologie.

Bien qu’elles ne fassent pas la une des grands magazines de mode, elles ne sont pas moins toutes dotées d’une beauté naturelle et d’une grande sensualité.

La revendication d’une beauté simple

Avec « The Nu Project », c’est un nouveau visage de la femme que nous montre Matt Blum, bien loin des physiques de rêve couchés sur papier glacé et entièrement photoshopés Ce sont avant tout des physiques proches de la réalité qu’il veut nous montrer.

Au départ, il était difficile pour Matt de trouver des femmes acceptant de poser nu. Celles-ci avaient avant tout peur du regard des autres et d’être jugées seulement sur leur apparence ce qui est très restrictif. Au fur et à mesure, elles ont réussi à gagner en confiance et à relever ce défi.

 

 

Regardez bien attentivement le corps de ces femmes. Il nous raconte une histoire. On devine un tatouage, une cicatrice, des vergetures. Des marques pleines de mystères mais qui n’ont pas besoin de grand discours pour deviner ce qui en est l’origine.

On admire ces femmes magnifiques avec de belles formes sans fard. La vérité des photos nous rassure car on comprend que ce sont elles les femmes à qui l’on voudrait ressembler et pas celles des magazines. Bien évidemment, la nudité peut déranger certains et des critiques sont toujours présentes. Cependant, les mentalités continuent de changer, lentement mais surement.

 

L’avenir du Nu Project

Matt Blum compte à ce jour plus de 150 photos de femmes. Il ne fut pas facile de les convaincre de poser nues mais elles ont compris l’intérêt du projet artistique et accepté.

Dans un désir de rassembler le plus de morphologies différentes possibles, Matt Blum voyage et photographie les femmes de tous les continents.

 

 

Comment participer au Nu Project ?

Après avoir photographié les femmes nord et sud-américaines, Matt s’attaque à l’Europe et cherche de nouveaux modèles. Vous aussi, posez nue pour ce magnifique projet ! Pour cela, la seule condition à remplir est d’être âgée d’au moins 21 ans et d’accepter d’être photographiée entièrement nue bien entendu.

Toutes les femmes sont volontaires et ne sont pas rémunérées pour poser. En contrepartie, le photographe leur offre les clichés pris qu’elles peuvent utiliser à leur guise. Sachant qu’une séance de photos personnelle avec un professionnel peut coûter plus de 2.000$, c’est un bon moyen d’obtenir de belles photos de vous.

L’inscription se fait directement sur le site internet de The Nu Project. Lancez-vous !

 

 

 

Pour aller plus loin…

L’œuvre de celui-ci nous donne une véritable leçon sur la beauté au naturel, sur le fait de s’assumer avec ses formes. Un livre a vu le jour «Beauty in Every Body » réunissant toutes les photos du Nu Project.

Le What’s Underneath Project

Il y a  ce projet dans une interview de Clémentine Desseaux. Il s’agit d’une série de vidéos postée sur YouTube. Pour chaque vidéo, une personne avec un parcours ou physique atypique se présente et répond à une série de questions sur différents moments marquants de sa vie, quelle partie de son corps elle préfère…

A la fin de chaque question, l’interviewée doit retirer un de ses accessoires ou vêtements jusqu’à être uniquement vêtue de sa lingerie.

Votre personnalité fait aussi partie de votre style

Le but est de montrer que le style ne dépend pas uniquement des vêtements que l’on porte ni des tendances du moment. C’est avant tout votre état d’esprit et qui vous êtes, donc ce qu’il y a en dessous de vos vêtements qui représente votre style.

Profitez-en pour vous enrichir de l’expérience de ces femmes telles que Myla Dalbesio, jeune mannequin « entre deux ».  Elles viennent d’horizons variés : mannequinat, art, sport… et comprendre comment elles ont fini par s’accepter avec un corps ou une vie différente de ce qui est présenté comme la norme. Quelques hommes ont également participé à ce projet original.

 

La Lemon Team aime beaucoup ce vent de fraîcheur qui nous aide à accepter notre corps tel qu’il est. En effet, toutes ces femmes nous montrent que même s’il est difficile pour beaucoup d’avoir une totale confiance en soi, elles ont su avancer grâce à leurs expériences et ont tiré le meilleur de leur personnalité.

 Nous espérons qu’elles vous auront inspiré et aidé à avoir confiance en vous.

S’il-vous-plait,partagez cet article…il sera traduit en plusieurs langues dont le coréen!

Lee Sung-yeon,notre nouvelle collaboratrice et éditrice ,s’intéresse aussi  au Nu Project et prévoit  même y  participer.Elle en fera une ou deux traductions!

 

 

 

 

 

 

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La Sexualité sacrée:Une femme avec une femme et les origines du fantasme

 

Toutes les personnes qui me connaissent,savent le nombre important de femmes lesbiennes que j’ai comme amies,sur les réseaux sociaux.Aujourd’hui,je leur rend hommage par cet article.

Les amoureuses sont seules au monde.
Les amoureuses sont seules au monde.

Du cinéma aux cérémonies musicales, de La vie d’Adèle au baiser Madonna-Britney Spears, le sexe entre femmes est partout. 50 % des hommes rêvent de regarder, 18 % des jeunes femmes passeraient bien à l’acte. La recherche pornographique la plus répandue, pour les hommes comme pour les femmes ? « Lesbian. » A ce niveau d’omniprésence fantasmatique, on peut parler d’hypnose collective. Pourquoi un tel succès ?

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Côté biologie, les femmes auraient des prédispositions. Leur désir serait plus polymorphe que celui des hommes : exposées à des images pornographiques de toute nature, elles démontrent un intérêt sexuel plus vaste. Selon une étude de 2015, 82 % des femmes sont excitées par les deux sexes, du moins en laboratoire. De là à affirmer que l’hétérosexualité féminine est une construction sociale, il n’y a qu’un pas (et 18 %) à franchir… En attendant, cette fluidité se traduit non pas par une explosion de la bisexualité (dont les adeptes seraient 3 % en France), mais par une explosion de la bi-curiosité, un intérêt qu’on pourrait résumer par « je ne dis pas non ». Les bi-curieuses se déclinent en de multiples formes, de l’épouse en manque de variété à l’étudiante qui ne voudrait pas mourir idiote. Paradoxalement, le lesbianisme non dilué reste redoutablement rare (0,5 % des femmes) : coucher avec une femme, d’accord, mais ne coucher qu’avec des femmes, ça, non. Allez comprendre.

Erotisation constante

Un couple de lesbiennes peut facilement s'ouvrir à une troisième personne de même sexe.Elles aiment partager naturellement.
Un couple de lesbiennes peut facilement s’ouvrir à une troisième personne de même sexe.Elles aiment partager naturellement.

Nature ou culture ? Eternelle question, éternelle confusion… De fait, les femmes ne poussent pas dans des incubateurs étanches. Il est possible qu’elles aient appris à trouver séduisantes leurs semblables. Personne ne peut nier que nous évoluons dans une culture où le corps féminin est présenté comme systématiquement plus désirable que celui des hommes, avec comme corollaire une érotisation constante, y compris pour nous vendre des choux de Bruxelles. Il ne paraît pas absurde de parler de matraquage fantasmatique.

Nous vivons dans un monde dominé par les hommes, nos fantasmes de femmes sont logiquement dominés par leurs fantasmes. Les vainqueurs n’écrivent pas seulement l’histoire, ils écrivent le désir. Ce qui paradoxalement, transforme la bisexualité de façade en stratégie de séduction féminine hétérosexuelle – rien n’attirant plus l’attention sur un dancefloor que l’application roucoulante du refrain de Katy Perry : I kissed a girl (cinq millions de singles vendus rien qu’aux Etats-Unis).

Une stratégie doublement efficace puisqu’elle fonctionne autant sur les naïfs (« oh, deux filles courageuses remettant en cause les conventions ! ») que sur les cyniques (« oh, deux filles instrumentalisant les conventions pour ne surtout pas rentrer entre filles ce soir ! »). D’où un spectre troublant de motivations, s’étendant de la sincère attraction au jeu de dupes, de l’expérimentation à la manipulation – approcher des femmes pour se rapprocher des hommes.

Au grand dam des lesbiennes elles-mêmes, dont l’orientation se retrouve systématiquement mise en doute : « Oui, mais tu couches avec des hommes quand même ? Comment ça, non ? Jamais ? » Dans ce brouillard où le comportement lesbien peut constituer le signe ultime de l’identité hétérosexuelle, nous reprendrons volontiers une aspirine.

Les lesbiennes sont infantilisées

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Ce qui nous amène au facteur culturel suivant : l’absence de risque. Dans l’organisation hétérocentrée du monde, le sexe lesbien ne constitue pas du vrai sexe, car comme l’a bien noté Bill Clinton : sans pénétration, pas de sexe. Et sans pénis ? N’en parlons même pas. La pop-culture se fait donc un devoir de nous infliger un lesbianisme réduit à une purée de guimauve : une fâme avec une fâme, épilées, se faisant des bisous, tendres, avant de se caresser, douces, remettez-moi une rasade d’eau de rose.

Le cunnilingus est souvent la relation favorite d'un couple de lesbienne...tel que discuté dans un article antérieur.
Le cunnilingus est souvent la relation favorite d’un couple de lesbienne…tel que discuté dans un article antérieur.

C’est embêtant pour les lesbiennes, infantilisées sans sommation. C’est embêtant en 2016, à l’heure des godemichés. C’est embêtant aussi parce que nous confondons orientation sexuelle et pratique sexuelle – comme si tous les gays devaient aimer la sodomie, et tous les hétéros, le missionnaire. En attendant, si on considère que coucher avec un homme est signifiant, coucher avec une femme reste (dans nos imaginaires, pas dans la vraie vie) insignifiant – une simple passade. Au point qu’on peut tester l’amour lesbien comme on teste un forfait Internet. Sans engagement. Au mieux, on apprécie. Au pire, on a gagné quelques lettres de noblesse sexuelle.

Pour les hommes, la marque d’un privilège

Ce dessin nous montre bien le fantasme maculin d'échanger avec une ou deux lesbiennes.
Ce dessin nous montre bien le fantasme maculin d’échanger avec une ou deux lesbiennes.

Venons-en justement aux hommes. Quel est leur intérêt dans cette histoire ? Deux explications se font concurrence – deux explications opposées mais qui peuvent coexister (au royaume du fantasme, toutes les ambivalences sont invitées).

Soit le fantasme du couple lesbien repose sur une présomption de triolisme : « Elles sont lesbiennes sauf avec moi » – comme c’est pratique ! Nous rencontrons ici une rêverie de surhumain, voire de super-héros : les règles s’appliquant au commun des mortels feraient une exception, comme ça, sans raison, et non seulement on serait un homme bienvenu dans un couple de femmes, mais on pendouillerait la tête en bas en portant des vêtements bien trop serrés pour la saison. Le fantasme des lesbiennes rejoint les chimères de harem et de plan à trois : des rêves de dominance, dans lesquels on incarne le gorille alpha, puissant sexuellement, doté d’une stamina sexuelle infinie, rêves dans lesquels surtout, on possède plus que les autres hommes. Avoir deux femmes dans son lit, plutôt qu’une seule ou zéro, devient la marque d’un privilège, un message envoyé au monde.

Un fantasme acceptable ?

Photo prise lors d'une journée de la Fierté Gay ,il y a quelques années,à Montréal.
Photo prise lors d’une journée de la Fierté Gay ,il y a quelques années,à Montréal.

Deuxième face du même fantasme : le couple lesbien sans homme, donc sans présence du fantasmeur. Nous naviguons ici dans un songe altruiste, gratuit, dénué de notre embarrassant ego. Alors qu’on pense souvent au fantasme comme lieu du narcissisme le plus éhonté, cette modalité-là surprend. Elle est pourtant répandue. Non seulement les hommes consomment des kilomètres de pornographie lesbienne, mais les jeunes filles lisent des tractopelles de mangas yaoi, où des héros mâles tombent amoureux.

Quel intérêt ? Soit celui de fantasmer ailleurs, avec des protagonistes différents de soi, vecteurs de possibilités sexuelles nouvelles. Soit parce qu’on ne se juge pas digne du tableau fantasmatique – même dans un monde imaginaire, personne ne voudrait de nous. Cette auto-suppression ne doit pas être minimisée dans une société visuelle, privilégiant certaines morphologies, au point d’interdire le sexe aux contrevenants. C’est d’ailleurs vous qui le dites : sur mon compte Twitter, 40 % des hommes et 30 % des femmes ont grandi avec la certitude que leur corps était dégoûtant (sondage garanti sans valeur scientifique, mais tout de même).

Une dernière observation pour la route ? Le fantasme du sexe entre femmes est acceptable. Raisonnable. Il peut s’admettre à la machine à café, nous n’avons rien à cacher – ce n’est plus un fantasme, c’est un rouleau compresseur. Pour cette raison il s’auto-entretient : l’acceptabilité est une spirale vertueuse. Pour la même raison il pourrait bien s’autodétruire : la subversion sans soufre commence à sentir l’aspartame.


LE LESBIANISME EN AFRIQUE

 

Au Sénégal,c'est plus ouvert un peu!
Au Sénégal,c’est plus ouvert un peu!

Jeudi 5 mai 2011, une adolescente de 13 ans, qui revendiquait son homosexualité, a été violée sur le chemin de son école, dans le centre de Pretoria, la capitale de l’Afrique du Sud, selon le ministère de la justice. En début de matinée du dimanche de Pâques, le 24 avril, c’est le corps de Noxolo Nogwaza, une lesbienne de 24 ans, qui a été retrouvé dans une ruelle du township de Kwa Thema, situé à l’est de Johannesburg.

Crâne écrasé, dents arrachées, yeux exorbités, son visage était méconnaissable selon des témoins. Des parties de son corps ont été lacérées avec des tessons de verre, et des préservatifs usagés ont été retrouvés près du cadavre. La veille, dans un bar, cette militante pour les droits des personnes homosexuelles avait eu une altercation verbale avec un groupe d’hommes qui faisaient des avances à sa petite amie.

Peu relayés dans la presse locale, ces deux faits tragiques illustrent un phénomène persistant en Afrique du Sud – et même en augmentation selon des associations –, baptisé le viol « correctif ». Des hommes obligent des lesbiennes à avoir des relations sexuelles avec eux, jugeant que cela permettra à celles-ci d’être « soignées » et d’être remises « dans le droit chemin ».

« La mort de Nogwaza est le dernier d’une longue série de crimes sadiques visant les lesbiennes, les homosexuels et les transsexuels en Afrique du Sud », a réagi dans un communiqué l’organisation internationale Human Rights Watch.

 

Les tabous finiront par tomber!
Les tabous finiront par tomber!

Selon l’association Luleki Sizwe basée au Cap, 31 lesbiennes ont été tuées au cours de la dernière décennie en Afrique du Sud. Chaque semaine, plusieurs lesbiennes seraient violées dans le pays, mais il est difficile de connaître l’ampleur exacte du phénomène en raison de l’absence de statistiques officielles.

Les victimes lesbiennes vont rarement porter plainte au commissariat le plus proche car elles y trouvent souvent des policiers qui préfèrent fermer les yeux et qui pour certains d’entre eux, estiment même qu’elles l’ont « bien mérité », favorisant ainsi une culture de l’impunité.

La violence sexuelle (près de 500 000 viols par an), le machisme et la misogynie demeurent très présents dans la société sud-africaine. La  » nation arc-en-ciel «  a pourtant l’une des constitutions les plus progressistes en termes de protection des minorités. Alors que la majorité des pays africains condamnent encore pénalement l’homosexualité, les couples homosexuels sud-africains peuvent adopter un enfant depuis 2002 et se marier depuis 2006.

Critiqué pour sa complaisance envers ces crimes, le gouvernement sud-africain a annoncé la semaine dernière la création d’un groupe de travail chargé de proposer des mesures permettant de lutter contre ces agressions (campagne de sensibilisation, mise à disposition de refuges pour des homosexuels en danger, etc.).

Oups...deux jeunes femmes prises  au bon moment!...par le photographe!
Oups…deux jeunes femmes prises au bon moment!…par le photographe!

En quelques mois, une pétition de l’organisation internationaleAvaaz réclamant la condamnation publique des viols « correctifs » par les autorités sud-africaines, avait recueilli plus de 900 000 signatures. Le texte exigeait aussi la reconnaissance pénale des crimes de haine.

En 2008, Eudy Simelane, une ancienne joueuse lesbienne de l’équipe nationale de football féminin, a été violée par plusieurs hommes, battue et poignardée 25 fois. Deux hommes ont été condamnés pour sa mort en 2009, mais à l’époque, les juges n’avaient pas estimé que son meurtre était lié à son orientation sexuelle.

 

UNE ENTREVUE AVEC UNE AMIE LESBIENNE EN AFRIQUE

L’homosexualité n’est pas seulement une affaire de Blancs. Au Burkina Faso, on retrouve une communauté qui tente de vivre leur différence malgré une certaine hostilité. Alima, c’est le nom que nous lui donnons, lesbiennes. Agée de 44 ans, elle a découvert sa tendance depuis l’âge de quatorze ans et assume pleinement sa situation.

 

Comment avez-vous compris que vous étiez lesbiennes?

Alima : C’est depuis mon enfance que j’ai compris cela. Vers l’âge de douze ans j’étais attirée par la femme. Je dirais plutôt que c’est la beauté féminine qui m’attirait. A l’époque, je n’avais aucune notion sur la sexualité. Pour moi, c’était juste de l’amusement. Je me sentais bien en étant en contact avec les femmes. On faisait tout, sauf pensé à la sexualité. C’est vers l’âge de quatorze ans que les vraies choses ont commencé. Ça été vraiment une attirance sexuelle que je ressentais. J’ai pu avoir une première copine à cet âge là et c’est avec elle que j’ai commencé.

 

En découvrant votre tendance. Cela ne vous a-t-il pas paru bizarre ?

Alima : Oui. En observant autour de moi je savais que c’était quelque chose qui était totalement différent. Je voyais mes frères, mes sœurs, mes amis, tout le monde était dans une relation hétérosexuelle. Mais ça ne me disait rien du tout. Je me rappelle qu’au  moment où j’étais attirée par les femmes, il y avait des hommes qui venaient vers moi. Ils me faisaient la cour pourtant ils ne m’attiraient pas. C’était un peu dérangeant. Il y avait une sorte de dualité. Mais l’autre coté était plus forte. Je me sentais bien quand j’étais avec une femme plutôt qu’avec un homme.

Donc les hommes ne vous attirent pas ?

Alima : Je peux dire non. Nous sommes dans une société où l’homosexualité est mal vue. Et nous sommes obligées de nous cacher derrière des hommes pour pouvoir vivre. Sinon, ce n’est pas une attirance en tant que telle.

Est-ce que c’est votre cas ?

Alima : Oui c’est mon cas depuis très longtemps. Je me sentais bien avec les femmes, mais les « Qu’en dira t- on » étaient tellement forts que j’acceptais les avances des hommes pour me cacher derrière eux afin que ça ne se voit pas.

Aucun plaisir en faisant l’amour avec un homme.

 

Est-ce que cela signifie que vous ne ressentez aucun plaisir lorsque vous faites l’amour avec un homme ?

Alima : Non. Moi particulièrement Non. Ce n’est même pas la peine! Pourtant, j’ai un vagin comme toutes les femmes, j’ai des trompes comme toutes les femmes. Ça veut dire qu’un homme peut coucher avec moi au lit. Quand un homme couche avec moi, c’est moi je donne. Alors que l’amour, c’est donner et recevoir. Si tu fais l’amour et que tu donnes sans recevoir, ce n’est pas la peine. Dans l’hétérosexualité,  lorsque la femme  ne reçoit pas, elle fait semblant, parce qu’on lui donne quelque chose (Ndlr le matériel). La majorité de mes copines sont des hétérosexuelles. J’ai même des copines qui ont des enfants mais elles ont compris que leur relation n’est pas vraiment ce qu’elles espéraient. L’amour vrai n’attend rien en retour. Lorsqu’on prend un temps pour donner quelque chose, c’est  avec la joie. Ce n’est  pas parce que je suis avec une femme que je suis obligée d’aller payer une dot? Chez nous ça n’existe pas. La base, y est déjà: l’amour.

 

Quelle a été la réaction des parents quand ils ont appris que vous étiez lesbiennes ?

Alima : Mon papa ne savait pas. Ma maman l’a appris très tard et elle est décédée par la suite. Elle n’a pas eu le temps de réagir. Mes deux parents sont donc décédés. J’ai passé tout mon temps dans la cachette. Je savais que s’ils l’apprenaient ce ne serait pas bien parce qu’ils sont de religion chrétienne. En fait, c’est Association raëlienne des minorités sexuelles (ARAMIS) qui m’a emmenée à ne plus avoir peur, à pouvoir m’exprimer librement.

 

Comment faites vous pour savoir qu’une personne est de la même tendance sexuelle que vous ?

Alima : Effectivement nous sommes dans une société où la majorité est hétérosexuelle. C’est par le flair pour mon cas. Je prends le soin d’observer la personne qui m’attire. J’essaie de voir si une relation peut marcher entre moi et cette personne avant de m’engager. Très souvent, ça marche. Mais comme toute relation amoureuse, il y a des échecs et des réussites. C’est comme ça aussi. Sinon, il n’ y a rien d’extraordinaire, comme pour dire que lorsqu’on voit une personne homosexuelle dès le premier coup d’œil on le reconnait. Non. Ce n’est pas comme ça. Ça commence par l’attirance. Quand tu vois qu’une personne te plait, tu essais de lui faire comprendre cela. Si elle te comprend et qu’elle t’accepte, c’est la joie totale. Sinon, ce n’est écrit derrière personne qu’il est homosexuel ou pas.

 

Quand on se met à votre place, quel regard a-t-on des hétérosexuels ?

Alima : Les homosexuels sont nés de l’union d’un couple hétérosexuel. Je suis la réussite d’une relation hétérosexuelle bien appliquée. J’ai été d’abord conçue… j’ai fait neuf mois dans le ventre d’une mère, je suis sortie victorieuse, cela veut dire que je ne suis pas mort-née. J’ai reçu une éducation de la part des hétérosexuels. La seule différence, c’est que je ne suis pas comme eux. Nous les considérons comme nos pères, comme ceux qui nous ont généré. Ce sont eux qui nous refusent sinon nous reconnaissons que nous venons d’eux et nous leur devons du respect. Eux ils ont de l’hostilité, de la discrimination, des jugements envers nous. On ne peut pas obliger quelqu’un à avoir la même tendance sexuelle que vous. Dans la nature, il y a tellement de diversité qu’on ne peut pas s’appesantir sur l’hétérosexualité.

Il y a plein d’homosexuels qui se marient chaque jour que Dieu fait.

 

On sait bien que le pape, et partant de là la religion en générale, est opposé au mariage homosexuel. Qu’est ce que vous pensez de cette opposition du Vatican?

Alima : Je pense que le mariage est l’union entre deux êtres qui ne sont pas forcement de sexe différents. Deux personnes de même sexe peuvent s’unir tout comme deux êtres de sexes opposés. Dans le cadre de la sexualité, deux personnes de même sexe qui se sentent bien peuvent choisir de rester ensemble. De nos jours on voit bien que deux hommes qui se comprennent s’associent pour créer une entreprise. C’est vrai que ce n’est pas la sexualité mais ils ont des affinités communes. Donc, si deux personnes se sentent bien dans leur peau, on ne doit pas leur empêcher d’être ensemble. Dans la société actuelle, on n’a pas besoin du pape, des parents ou d’une quelconque loi pour dire qu’on veut être ensemble. Le reste, c’est du papier, c’est rien du tout. Ça ne sert à rien. Que ce soit au niveau de la religion, de la loi, on a pas besoin d’un maire ou d’un pape pour prouver qu’on s’aime. Il y a plein d’homosexuels qui se marient chaque jour que Dieu fait. Au moment où je vous parle, il y a deux homosexuels qui se mettent la bague aux doigts. Ils n’ont pas besoin d’église ni de témoin. C’est ça, le vrai mariage. Le reste, c’est pour montrer aux autres… Il n’y a qu’à voir le nombre de divorce qu’on enregistre par jour.

 

Dans la société actuelle, l’homosexualité est jugée contre nature…

Alima : Ceux qui disent cela ne connaissent même pas la nature. Dans le monde, il y a plus de 400 mille espèces animales qui pratiquent l’homosexualité. On dit que c’est contre nature, pourquoi dit-on que c’est contre-nature et moi je peux me trouver dans cette nature et pratiquer quelque chose contre? Ce n’est pas possible! C’est tout à fait paradoxal. Rien ne se perd rien ne se créé, tout se forme et je pense que tout ce qui se passe sous ce soleil a toujours existé, ça existera toujours et ça devrait exister. L’homosexualité fait parti de la sexualité que ce soit avec les animaux ou les humains. Ceux qui disent que ce sont des lois contre nature, je leur dit qu’ils ne connaissent pas leur nature. L’homosexualité est pratiquée par les animaux. Demandé aux bergers, ils vous diront. Chercher, vous trouverez. Je pense qu’il faut chercher à comprendre.

 

Comment se passent les relations sexuelles entre deux femmes en Afrique?

Alima : D’abord, il faut comprendre le terme faire l’amour. Il faut savoir faire la différence entre «baiser» et«faire l’amour à quelqu’un».« Baiser une femme », c’est autre chose: on voit un pénis rentré dans une matrice en train de cogner comme si on pilait du fonio. Mais « faire l’amour », c’est prendre le temps, de regarder la personne de la tête jusqu’aux pieds, de le toucher, de la ressentir, de lui apporter ce qu’on  a de meilleur. Donc, dans la relation homosexuelle entre femmes, la majorité n’a pas besoin d’une bite. Nous, nous célébrons le vagin. Tout le corps de la femme est célébré entre deux femmes qui s’aiment. Chez les hommes par exemple, c’est le pénis qui est célébré. Donc, il n’y a pas à se demander comment cela se fait. Chaque amour qui est fait dans le lit ou ailleurs, est une œuvre d’art. Bakary ne fera pas l’amour de la même manière que Ousmane. Chaque fois, même si c’est avec la même personne, il y a toujours une différence. Seulement, si vous n’avez pas la conscience de l’acte que vous posez, vous la faites de façon mécanique, ça devient une routine et ça passe. Chez nous, il n’y a pas d’intérêts. J’ai un corps de femme, elle a un corps de femme. On se donne. Alors que l’hétérosexualité est basée sur l’intérêt : tu es une femme, je suis un homme, donc tu peux m’apporter quelque chose. Et si tu es bien « calé », tu peux m’apporter de l’argent. Chez nous, c’est l’amour qui prime. Même l’intérêt de faire des enfants, ça vient plus tard.

Alors n’avez vous pas envie de faire des enfants ?

Alima : Je dirais que nous nous ne sommes pas obligés d’avoir des enfants. Quand vous regardez dans la nature, il y a un moment pour faire des enfants et un moment pour se procurer du plaisir. C’est le côté plaisir que nous choisissons sans intérêt.Tous les enfants du monde sont nos enfants. On n’est pas accroché … à savoir que l’enfant qui sort de moi, c’est lui qui est forcement mon enfant. Même si la loi nous refuse d’adopter des enfants, pour le moment, ce n’est pas notre problème. La société nous forme à être possessifs. Nous sommes dans une société de l’avoir. Quand un enfant n’est pas sorti de toi, on a tendance à dire que qu’il n’est pas le tien. A notre niveau, l’enfant de mon frère, l’enfant de ma sœur, je peux le traiter comme si c’était mon propre enfant. Il n’y a pas de problème. Peut-être que d’autres homosexuels auront ce problème, sinon, nous sommes des gens hautement spirituelles. L’avoir ne nous dit rien. C’est vivre, c’est aimé, c’est se sentir bien sur terre. C’est ça pour tout homosexuel.

On dit généralement que ce sont les personnes riches qui sont homosexuels. Peut-on le dire pour votre cas ?

Alima : Moi également, j’entends parler de cela. Mais c’est peut-être lié à la propreté. Deux femmes qui se retrouvent rentrent, l’une et l’autre, dans leur intimité. Pour cela, il faut qu’elles soient vraiment propres. Les hommes n’ont qu’un seul objectif, c’est plongé la dedans (Ndlr, le sexe de la femme) et ressortir. Alors que nous, nous vérifions tout de la tête aux pieds. Si tu n’es pas propre, tu n’es pas la bienvenue. Peut-être que c’est lié à cela. Nous aimons tout ce qui est produit cosmétique, tout ce qui est propre. Sinon, les deux ne vont pas de paires. Pour avoir de l’argent il faut travailler. Ce n’est pas sexualité qui apporte la fortune. Ce n’est pas vrai.

 

Ailleurs, en Europe, il y a des luttes pour que l’homosexualité soit légalisée. Au Burkina, ce n’est pas le cas. Les gens se cachent toujours…

Alima : On n’a pas besoin que la loi confirme un mariage. Nous sommes dans une société où il y a des gens qui sont privilégiés. Si vous remontez dans l’histoire, vous constaterez que l’homosexualité a toujours existé et était bien vue. Comme la vie est une roue qui tourne, l’hétérosexualité a été popularisée et l’homosexualité a été réduite. Nous sommes tous des êtres humains. Alors que je décide de sortir avec une femme ou un homme, c’est ma vie, c’est mon droit et on doit ne pas me priver de cela. Je dois avoir les droits comme tout citoyen. Je pense qu’en Afrique ici, il faut un temps pour préparer les gens à pouvoir l’accepter. Ça va venir petit à petit.

 

L'amour de deux femmes en Afrique...
L’amour de deux femmes en Afrique…

 

au fil des rencontres...
au fil des rencontres…

 

 

peut conduire au mariage...!
peut conduire au mariage…!

 

 

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À Kinshasa, « des enfants des rues se font violer par de vieux messieurs »

Livrés à eux-mêmes, les enfants des rues de Kinshasa sont souvent à la merci de nombreux criminels, notamment des violeurs. Une situation que veut aujourd’hui dénoncer Rachel Mwanza, la jeune actrice congolaise du film « Rebelle », qui a elle-même été « abusée » à l’époque où elle tentait de survivre dans la capitale congolaise.

Vivre dans la rue, c’est le quotidien de plus de 20 000 enfants à Kinshasa. Hier encore,Rachel Mwanza, la jeune actrice congolaise révélée dans le film Rebelle, était parmi eux. Elle avait à peine 11 ans lorsque sa grand-mère la chassa de la maison, l’accusant d’être une « sorcière ». Ours d’argent de la meilleure actrice en 2012, elle n’a jamais oublié cet épisode de sa vie. Un « enfer », écrit-elle aujourd’hui dans un livre-témoignage cosigné avec Mbépongo Dédy Bilamba : Survivre pour voir ce jour.

 » À travers ma propre histoire, j’ai décidé de raconter dans un livre la vie des enfants des rues de Kinshasa. Parce que, trop souvent, les gens ne savent pas ce que c’est ‘vivre dans la rue' », explique-t-elle à Jeune Afrique. Des milliers de « shegués » [enfants des rues, dans le jargon kinois, NDRL] en errance dans la capitale congolaise sont souvent exposés à des « choses pas cool », notamment les violences sexuelles. « Des enfants de six ans, voire trois ans, se font violer par de vieux messieurs, de vieux voyous », dénonce Rachel Mwanza.

Rachel Mwanza ,une grande actrice en devenir.
Rachel Mwanza ,une grande actrice en devenir.

Au royaume des « prédateurs »

Avec sa jeune sœur, Rachel Mwanza elle aussi a été abusée lorsqu’elle vivait dehors. « Un soir de pluie, alors que nous sommes adossées contre un mur en train de grelotter, un homme nous propose de nous héberger, raconte-t-elle. Il a l’âge de mon grand-père, et nous avons si faim et froid que nous le suivons ». Une fois arrivées chez leur « hôte », celui-ci les viole…

À la nuit tombée, les enfants des rues deviennent ainsi les « proies » des divers « prédateurs » qui rôdent dans les rues de Kinshasa. Il peut s’agir de « phaseurs » (personnes sans domicile fixe, en argot), de kulunas (délinquants armés), voire de certains policiers véreux. Dans ce monde nocturne sans foi ni loi, certaines amies de Rachel Mwanza, âgées entre 12 et 15 ans, n’ont pas eu d’autre choix que de se livrer à la prostitution dans les allées désertes des petits marchés de la ville. Souvent, c’est Rachel qui jouait au guetteur. Sa mission : « Surveiller les alentours pendant que [son amie] est avec un homme et l’avertir si la police arrive. »

Sources:Jeune Afrique