La devise de la corruption au Québec:«Moins j’en sais, mieux j’me sens.»

Question du Jour au Québec 001

 

Les mafieux respectent l’omertà, la règle du silence. Un auteur québécois en a tiré une série télévisuelle à succès intitulée Omertà.  

Imaginons un instant que des Italiens décident de réaliser une série sur la corruption au Québec. Ils pourraient très bien l’appeler: «Moé j’farme ma yeule, le code d’honneur d’un peuple».

Depuis le début de la commission Charbonneau, au-delà des gestes illégaux posés, je pète régulièrement les plombs au sujet du manque de colonne vertébrale d’un grand nombre de mes concitoyens qui, même s’ils n’avaient pas les mains plongées dans le plat de bonbons, savaient que des proches, amis, membres de la famille, collègues et patrons, eux, se servaient allègrement.

Sans ne jamais rien dire.

Pendant près de trois décennies, l’ex maire Gilles Vaillancourt a tiré les ficelles de gigantesques magouilles sans que personne à Laval ne dise rien d’utile à la police. Bien sûr, entre amis, entre collègues autour de la machine à café, des gens se racontaient ce qu’ils avaient vu, presque fiers d’appartenir au club sélect de ceux qui savent des choses… Mais dénoncer aux autorités ? Non, «moé, j’farme ma yeule.» Souvent suivi de «j’veux pas de troub’» Comme les mafieux.

Un manque de jugement, tout au moins

La ministre Élaine Zakaïb, si on en croit ses explications au sujet des projets d’investissement du Fonds de solidarité bloqués par la FTQ-Construction pour ne pas nuire aux entreprises de Tony Accurso, a sauvé la nation en mettant fin à ces pratiques. OK. J’achète. Je ne crois pas qu’elle soit malhonnête.

(On ne l’a jamais vue sur le Touch, mais on l’a vu trinquer au champagne lors d’une fête de la FTQ-Construction en novembre dernier, pendant un congrès de la FTQ à Québec, alors qu’elle était ministre déléguée à la Politique industrielle. Son attaché de presse a expliqué qu’elle n’avait pas bu mais que ses lèvres avaient seulement touché le champagne. Qu’importe, pour le jugement, on repassera.)

L’écoute électronique révèle que madame Zakaïb a averti Michel Arseneault de pratiques passées dont elle était au courant, pratiques qui, si elles n’étaient pas illégales tant qu’on ne connaissait pas les liens d’amitié entre Johnny Lavallée et Tony Accurso, méritaient au moins un examen.

Mais là où je pète les plombs, c’est quand on l’entend dire à Michel Arseneault : «C’est sûr qu’on ne sortira jamais ça public… c’est sûr que je n’en parlerai pas. Moi j’en sais, mieux je me sens.»

Elle devrait démissionner pour avoir prononcé ces sept derniers mots.

Parce que cette mentalité est un des principaux matériaux de construction de tout l’édifice de la corruption au Québec .

Un code moral et éthique

Mon collègue Martineau écrit ce matin dans sa chronique que l’État devrait s’assurer que la foi de ses employés ne prenne pas trop de place. La foi ne devrait jamais influencer une décision ou un geste posé par un employé de l’État, je suis cent pour cent d’accord.

Mais entre les ravages causés par des fonctionnaires qui portent un signe religieux et les ravages de la corruption au Québec que nous dévoile jour après jour la commission Charbonneau et l’UPAC, par des gens dénués de tout sens moral et éthique, je sais ce qui me révolte le plus.

Ce n’est pas la grosseur des croix qu’on devrait mesurer, mais le sens éthique des gens dont le mandat implique de manipuler des fonds publics ou des fonds subventionnés par de l’argent qui provient des contribuables.

Garder le silence, quand on sait des choses ou qu’on a des doutes sérieux, cela s’appelle de la complicité passive. En affichant sa préférence pour le silence, madame Zakaïb s’en est approché, certainement d’un point de vue éthique. Ou même moral, si vous préférez. Bien que cela sonne peut-être trop religieux aux oreilles de certains.  

Mais quand on a la conscience tranquille, on ne dit pas « C’est sûr qu’on ne sortira pas ça public…» Et quand on est muni d’un sens éthique à toute épreuve, on ne dit pas: «Moins j’en sais, mieux je me sens».

Et quand un gouvernement choisit de défendre une personne qu’il estime digne d’occuper un poste de ministre, même en sachant qu’elle appliquait le code «moé j’farme ma yeule» face à des agissements suspects dans son emploi précédent – pas il y a 30 ans – ça commence à faire bien du monde qui «farme sa yeule».

Le gouvernement va-t-il fermer ses yeux et ses oreilles ? 

Pas de «deal» PA-FTQ

Autre chose: les gens allumés ont bien compris qu’il n’y a pas eu de «deal» entre le PQ et la FTQ pour empêcher une commission d’enquête. La preuve est dans le pouding, comme disent les Anglais. C’est pas ça le problème : mais il semble clair que la FTQ croyait que le «deal» hors norme entre Claude Blanchet et la SOLIM aurait pu mettre le gouvernement dans l’embarras. Et qu’on voulait avertir madame Marois.

Source: Lise Ravary …Pour lire le reste de l’article,cliquez ici:Lise Ravary

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