L’humanité en danger:Le déclin de la nature mettra en péril cinq milliards d’êtres humains d’ici 30 ans

D’ici 30 ans, cinq milliards d’humains, particulièrement en Afrique et en Asie du Sud, pourraient être confrontés à une pénurie d’eau potable et de nourriture.

 

 

D’ici 30 ans, cinq milliards d’humains, particulièrement en Afrique et en Asie du Sud, pourraient être confrontés à une pénurie d’eau potable et de nourriture. Des centaines de millions d’autres vivant dans des régions côtières pourraient être frappés par des inondations catastrophiques. C’est ce que révèle une modélisation des services que la nature sera encore en mesure d’offrir aux populations humaines à l’échelle du globe en 2050 compte tenu du déclin rapide de la biodiversité et dont les résultats sont publiés dans la revue Science.

Sécheresse en Afrique de l’est

Le plus récent rapport de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) nous informait qu’un million d’espèces étaient menacées d’extinction et que les bénéfices que les humains retirent de la nature diminueraient en conséquence. La nature contribue au bien-être des populations humaines de diverses façons. Ce peut être sous forme de ressources alimentaires par le biais de la pêche et de l’agriculture, ou plus indirectement en contribuant à l’épuration de l’eau, à la pollinisation des cultures et à la protection des côtes contre les effets dévastateurs des tempêtes, par exemple.

 

Une équipe internationale dirigée par Becky Chaplin-Kramer, de l’Université Stanford, a voulu savoir où, dans le monde, les contributions de la nature sont les plus nécessaires pour assurer le bien-être des habitants et quelles populations en particulier écoperont le plus de la dégradation de la nature, afin de prévoir des actions plus ciblées qui permettraient de prévenir les dégâts.

Pour ce faire, les chercheurs ont cartographié les besoins, voire la dépendance des différentes populations du monde à trois services particuliers que la nature leur fournit. Le service offert par les plantes et les algues des milieux humides qui filtrent les polluants, tels que les nitrates en excès provenant des fertilisants répandus pour accroître les récoltes, et qui assurent ainsi l’accès à de l’eau potable. Le service accordé par les récifs coralliens, les mangroves, les herbiers marins et les marais salants qui atténuent l’érosion des côtes et, de ce fait, diminuent l’impact des inondations entraînées par le vent, la houle et l’élévation du niveau de la mer. Et le service fourni par les pollinisateurs naturels, tels que les abeilles, qui assurent des cultures fécondes.

Ils ont également cartographié les contributions actuelles de la nature en matière de rétention de nitrates, de protection des côtes et de pollinisation des cultures à travers le monde. Et ils ont repéré, avec une précision de 300 mètres sur 300 mètres, les endroits où ces contributions ne suffisent pas à combler les besoins des populations, en raison vraisemblablement de la dégradation de la nature, qui entraîne notamment la présence de polluants dans l’eau, des risques accrus d’inondation en régions côtières et des pertes de récoltes, résultat d’une pollinisation insuffisante.

 

À l’aide d’une plateforme de modélisation, les chercheurs ont ensuite pu prédire les impacts de divers scénarios du futur sur l’aptitude de la nature à répondre aux besoins des populations humaines. Ils ont ainsi calculé que, peu importe le scénario, près de cinq milliards d’humains pourraient ne plus avoir un accès assuré à l’eau potable et à la nourriture nécessaires à leur survie en 2050. Et des centaines de millions de personnes vivant dans des régions côtières ne seront plus protégées des intempéries.

 

Les chercheurs ont également remarqué que c’est sur les populations d’Afrique et d’Asie du Sud que pèsent les plus grandes menaces de famine, de pénurie d’eau potable et d’inondations découlant de la dégradation de la nature, soit plus particulièrement sur celles du bassin du Gange, de la Chine orientale et de l’Afrique subsaharienne, des populations qui, en plus, dépendent beaucoup de la nature pour assurer leur survie.

 

Cette étude permet d’orienter les actions qui doivent être prises pour atténuer les dégâts, font valoir les chercheurs. Selon Elena Bennett, du Département des sciences des ressources naturelles de l’Université McGill, « pour résoudre les problèmes que vivent les populations d’Asie du Sud, on ne peut pas simplement leur dire de faire une meilleure gestion [de leurs ressources] ».

Sans commentaire!

« Nous devons aussi considérer le rôle que nous, habitants de l’Amérique du Nord, jouons dans leurs problèmes en achetant divers produits d’Asie du Sud, que ce soit des denrées alimentaires, des vacances dans leurs stations touristiques ou même l’exploitation d’industries canadiennes. Nous générons ainsi de la pollution là-bas plutôt qu’ici », affirme Mme Bennett, qui est l’une des auteurs de l’étude.

 

Au Sénégal, les femmes vont chercher l’eau sur des kilomètres.

 

 

 

 

 

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Vers une catastrophe écologique mortelle: de moins en moins d’eau pour de plus en plus d’humains sur Terre

Après la sécheresse en Californie, il y a quelques années, la récente crise dans la ville du Cap, en Afrique du Sud, a braqué les projecteurs sur un problème qui pourrait devenir de plus en plus courant : le manque d’eau dans certaines régions du monde. État des lieux.

Au cours des dernières années, plusieurs études se sont penchées sur l’état des nappes phréatiques du monde. Ces réservoirs naturels souterrains, qui se remplissent très lentement grâce à l’eau de pluie et au ruissellement, alimentent les puits et les sources en eau potable.

Si on ne peut déterminer avec certitude quelle quantité d’eau ils contiennent, les scientifiques ont par contre démontré qu’un nombre important de ces réservoirs sont surexploités.

 

« Les réserves d’eau douce sont des réserves dynamiques », soutient René Lefebvre, chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). « Pour prendre une analogie bancaire, ce qu’on peut exploiter, c’est l’intérêt, ce qui se renouvelle annuellement. Si on veut faire de l’exploitation durable, normalement il ne faut pas toucher au capital. »

Les ressources en eau

 

Mais, dans plusieurs cas, ce capital semble déjà avoir été largement entamé. Selon une étude de l’Université de Californie publiée en 2015, le tiers des plus grands aquifères du monde sont en difficulté.

Principaux aquifères soumis à des contraintes excessives :

  • Réseau aquifère arabique (péninsule arabique)
  • Réseau de l’Indus (Inde-Pakistan)
  • Bassin Murzuk-Djado (Afrique du Nord)

Les menaces

Un des plus grands dangers qui planent sur les réserves d’eau douce est tout simplement l’augmentation de la population mondiale.

Depuis 1900, la population mondiale a triplé. Mais la consommation d’eau, elle, a été multipliée par six.

Il y a de plus en plus de gens qui consomment de plus en plus d’eau, c’est le principal problème. – François Anctil, professeur à l’Université Laval

En 2050, on devrait être environ 9,8 milliards d’individus sur Terre, soit quelque 2,3 milliards de plus qu’actuellement.

« La demande en eau augmente continuellement, surtout dans les pays en voie de développement et dans les économies émergentes », soutient Richard Connor, rédacteur en chef du Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau de l’ONU.

 

À mesure que les gens sortent de la pauvreté, explique-t-il, ils consomment davantage.

Pour satisfaire ces nouveaux consommateurs, les usines devront produire davantage et utiliseront donc plus d’électricité. Cette électricité est fabriquée soit grâce à des barrages hydroélectriques, soit dans des centrales thermiques, qui requièrent de l’eau pour leur refroidissement.

Il faudra également produire plus d’aliments pour nourrir toutes ces bouches. Les agriculteurs, qui sont déjà responsables de 70 % des prélèvements d’eau dans le monde, seront donc encore plus sollicités.

Si, au cours des dernières décennies, l’agriculture a réussi à nourrir un nombre croissant d’humains, c’est, du moins en partie, au moyen de l’irrigation. Des régions arides sont ainsi devenues fertiles, grâce aux prélèvements indiscriminés d’eaux souterraines.

C’est notamment ce qui est arrivé en Arabie saoudite. Dans les années 1970, la mise en place d’un système d’irrigation a permis de multiplier par quatre la surface agricole du royaume et de faire pousser du blé dans le désert.

Mais l’illusion n’a pas duré. Quelques décennies plus tard, la nappe phréatique est pratiquement à sec et des mesures urgentes ont été prises pour la préserver.

Quelles solutions?

Des solutions, pourtant, il en existe, croit Richard Connor, de l’ONU.

« Il y a des possibilités d’accroître la production agricole sans aller chercher plus d’eau, si on change nos méthodes », avance le chercheur.

 

Cela passe notamment par le développement de l’agriculture de conservation plutôt que l’agriculture intensive et l’utilisation accrue de l’eau de pluie, ou même des eaux usées, dans l’irrigation.

Après avoir subi un traitement minimal qui permettrait de s’attaquer aux organismes pathogènes, les eaux usées pourraient être utilisées pour l’irrigation de cultures comme le maïs, le coton ou les légumineuses.

« On n’utilisera pas de l’eau non traitée pour la production de laitues ou de fraises, avance M. Connor, mais c’est possible pour tout ce qui n’est pas directement comestible. »

Il faut aussi s’inspirer de ce qu’ont déjà accompli certains pays, soutient René Lefebvre, de l’INRS. « Un des meilleurs exemples de gestion intégrée et cohérente, c’est l’Australie », affirme-t-il. Le pays, qui connaît un stress hydrique important, gère ses ressources en eau rigoureusement, en allouant aux cultivateurs des quotas très restreints.

« Ça remet même en question l’utilisation du territoire, parce qu’ils se rendent compte que, dans certains secteurs, ce n’est pas possible de poursuivre le type d’exploitation qui y est fait. »

Et surtout, il ne faut pas hésiter à se questionner, croit l’hydrologue François Anctil. « On doit réfléchir aux usages qu’on fait de l’eau, pense-t-il. Est-ce qu’on en fait le meilleur usage à chaque endroit? »

Si on veut qu’il reste encore de l’eau pour les prochaines générations, il est temps d’y penser.