Courte opinion du jour:de sérieux doutes surgissent sur le nombre officiel de morts du coronavirus en Chine

 

La vie reprend doucement ses droits en Chine, où la province du Hubei, qui a vu naître la pandémie de coronavirus, s’ouvre de nouveau sur l’extérieur après deux mois de confinement. Pékin crie victoire et se plaît à souligner que le nombre de malades (81 470 cas, dont 3 304 morts) serait resté inférieur à celui aujourd’hui constaté aux Etats-Unis (143 025 cas, dont 2 514 décès) ou en Italie, le pays le plus durement frappé (97 689 cas, dont 10 779 morts).(*chiffres du 1 er avril 2020)

Il suffit pourtant de gratter un peu le vernis officiel pour que de sérieux doutes émergent sur le nombre réel de victimes chinoises. Le site d’informations financières chinois Caixin a publié la photo d’un camion chargé d’urnes funéraires, devant le crématorium de Hankou, un des quartiers de Wuhan. Le conducteur du camion a déclaré avoir transporté 2 500 urnes funéraires vendredi, après en avoir déplacé autant la veille. Les familles des victimes sont en effet autorisées à venir récupérer les cendres de leurs proches défunts, dont les corps avaient été incinérés pour limiter la contagion.

Des milliers d’urnes funéraires

Un autre crématorium a annoncé la restitution de 500 urnes par jour entre le 23 mars et le 4 avril, soit 6 500 au total (le 4 avril est le jour d’une cérémonie religieuse de visite des tombes familiale, l’équivalent de la Toussaint, explique shanghaiist.com). Des images montrent des files d’attente impressionnantes pour récupérer les urnes funéraires.

Contactés par l’agence d’information Bloomberg, six crématoriums, sur les huit que compte Wuhan, ont refusé de communiquer le nombre d’urnes funéraires en leur possession – les deux autres n’ont pas répondu. Si l’ensemble de ces huit crématoriums était en possession d’un nombre d’urnes équivalent, le total avoisinerait donc les 50 000. Selon Bloomberg, les images postées sur les réseaux sociaux remettent donc en question le nombre officiel de morts enregistrées à Wuhan, même en tenant compte des décès qui ne seraient pas liés au coronavirus.

Le doute est d’autant plus grand que le recoupement des chiffres est rendu impossible, la Chine ayant pris soin de museler toute source d’information indépendante. Des journalistes et intellectuels qui ont critiqué la gestion de la crise ont « disparu », et la plupart des journalistes étrangers qui l’ont couverte ont été expulsés.

Des résiliations massives de lignes téléphoniques

D’autres indices confirment les doutes, explique Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine, au micro d’Europe 1 :

« Il y a aussi des données qui concernent la résiliation des lignes téléphoniques, avec des résiliations massives de dizaines de milliers de lignes. Effectivement, on peut tout à fait s’interroger. »

Un chiffre réévalué lui semblerait plus cohérent avec la morbidité du Covid-19 constatée ces derniers jours en Italie :

« Quand on a vu le nombre de morts en Italie et en Espagne, on s’est dit qu’il y avait beaucoup de choses cachées en Chine. »

Le risque d’une seconde vague

De son côté, Pékin affirme que ce sont les mesures drastiques de confinement qui ont permis de limiter le nombre de décès. Le régime communiste prétend avoir été exemplaire dans la gestion de l’épidémie et préfère passer sous silence son attitude lors des premières semaines, décisives dans la propagation du virus. Fin décembre, les autorités avaient tenté d’étouffer les signalements d’un médecin lanceur d’alerte, décédé depuis des suites de la maladie.

La Chine de Xi Jinping est-elle responsable de l’expansion du coronavirus ?

D’ailleurs, Pékin aurait également menti sur la date du début de l’épidémie. « C’est probablement une épidémie qui a démarré bien plus tôt, probablement dès le mois d’octobre, estime Karine Lacombe. Il a fallu du temps pour que le virus infiltre la population et qu’on voit un nombre de morts supérieur à la normale. »

Quel que soit le nombre de victimes chinoises, les médecins appellent à la plus grande prudence car un retour du Covid-19 est possible, voire probable, selon les épidémiologistes. En effet, la majeure partie du territoire chinois n’a pas été touchée. « La Chine n’a donc pas vraiment eu un nombre important d’infections au cours de la première vague, la population demeure très vulnérable et peut être touchée par une épidémie importante », selon Benjamin Cowling, épidémiologiste de l’université de Hong Kong, cité par le quotidien canadien « Globe and Mail »« Une seconde vague est inévitable. Totalement inévitable. »


La Chine de Xi Jinping est-elle responsable de l’expansion du coronavirus ?

 

« Le virus patriote. » C’est ainsi que, pendant un temps, les internautes avaient surnommé, non sans ironie, le mystérieux virus apparu fin 2019. Bien qu’originaire de Chine où il avait infecté ses premières victimes début décembre, il semblait en effet décidé à sévir exclusivement hors des frontières nationales. De nouveaux cas avaient beau surgir ici et là en Asie – en Thaïlande, au Vietnam, au Japon, à Hong Kong, etc. – la Chine semblait miraculeusement échapper à cette propagation. A Wuhan, berceau du « virus patriote », les autorités municipales se voulaient rassurantes : c’était certes une pneumonie virale, mais « beaucoup plus faible que le Sras », son redoutable prédécesseur qui avait, en 2003, mis la Chine au point mort pendant de longs mois. Le mal était cette fois « peu contagieux et facile à circonvenir ». Les dirigeants de Wuhan le tenaient d’ailleurs fermement sous leur contrôle. Vive le Parti communiste chinois et la pensée Xi Jinping !

Mais ce virus n’était pas réellement patriotique. Comme le Sras il y a dix-sept ans, il s’est propagé à un rythme effrayant, contaminant des milliers de personnes aux quatre coins de la Chine, et il continue à se répandre à l’étranger. Sa bénignité était un vœu pieux, colporté par les édiles de Wuhan qui avaient interdit aux médecins wuhanais de donner la moindre interview aux médias locaux.

 

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