Hongkong: le retrait du projet de loi sur l’extradition, «trop peu, trop tard»

Le recul de l’exécutif local ne semble pas de nature à rétablir la confiance entre une population très mobilisée et les autorités. La relation avec Pékin, elle, se tend de plus en plus.

 

Carrie Lam,l’administratrice de Hong Kong.

Après des mois de heurts, des scènes de chaos à l’aéroport et dans le métro, la cheffe de l’exécutif hongkongais Carrie Lam a annoncé mercredi matin,4 septembre 2019, le retrait du projet de loi sur l’extradition qui a mis le territoire chinois semi-autonome à feu et à sang. Une goutelette insuffisante pour éteindre le brasier social et politique déclenché par ce projet polémique. Le texte, présenté au printemps, avait déjà été «suspendu» le 15 juin après la mobilisation historique d’une partie de la rue, puis déclaré «mort». Mais jamais Carrie Lam, à qui on attribue la maternité de cette énorme bévue politique, n’avait voulu complètement céder. Elle vient de le faire.

Représentation de la Déesse de la Démocratie de Chine.

Le texte est désormais officiellement «retiré». Le gouvernement de Hongkong en a ainsi décidé pour lancer le dialogue dans ce Hongkong «devenu pour beaucoup de gens méconnaissable», et placé dans une «situation hautement vulnérable et dangereuse», indiquait dans un message vidéo Carrie Lam, la même qui, quelques heures plus tôt, déclarait devant la presse que ses marges de manœuvre étaient «très, très, très limitées», une manière de suggérer qu’elle était poings et pied liés aux ordres de Pékin. Mercredi, alors que l’annonce de Carrie Lam n’était encore qu’une rumeur, la Bourse de Hongkong bondissait déjà. Mais sur les réseaux sociaux, une même phrase bruissait, comme un leitmotiv : «Trop peu, trop tard».

«Les investisseurs n’ont peut-être pas compris que le mouvement a basculé pendant les mois d’obstination du gouvernement et le principal slogan est désormais « Libérez Hongkong, la Révolution de notre temps »»,notait sur Twitter Ben Bland, chercheur à l’institut Lowy. Comme le relevait Carrie Lam dans son allocution, la crise a en effet très largement dépassé le strict projet de loi sur l’extradition, et fait rejaillir des tensions politiques, économiques, et sociales dans une région où les inégalités de richesse sont parmi les plus importantes au monde. La dirigeante à la cote de popularité historiquement basse (17%) n’a cependant sans doute pas réalisé le fossé infranchissable qui la sépare désormais d’une partie des 7,5 millions d’habitants.

La réponse de Carrie Lam «survient après que sept vies ont été sacrifiées, plus de 1 200 manifestants arrêtés dont beaucoup sont maltraités dans les commissariats», commentait sur Twitter le jeune militant Joshua Wong selon qui «la brutalité policière de plus en plus intense ces dernières semaines a laissé une telle cicatrice dans la société hongkongaise que les gens ne penseront pas qu’il s’agit d’une démarche sincère». Même l’association du barreau de Hongkong condamnait dans l’après-midi les «abus de pouvoirs de la police» et redoutait que de tels incidents comme la violente interpellation dans l’enceinte même du métro «ne réduise considérablement la confiance dans les forces de l’ordre».

La confiance, c’est peut-être là le dégât collatéral le plus important du fiasco déclenché par le projet de Carrie Lam, dont la stratégie de mettre à dos manifestants violents et les autres semble vouée à l’échec. Les milieux d’affaires ont été parmi les premiers à redouter au printemps que la loi qui prévoyait des extraditions vers la Chine ne sonne le glas de l’autonomie hongkongaise par rapport aux lois et au système judiciaire chinois. L’incapacité de Carrie Lam à mater la contestation a insufflé un peu plus le doute sur la capacité même de Hongkong, troisième place financière mondiale, à gérer ses propres affaires.

 

La confiance des Hongkongais, elle, est brisée, comme l’ont montré le 1,7 million de manifestants mobilisés à nouveau le 18 août pour exiger une enquête indépendante sur les violences policières et des réformes démocratiques. «Ils n’ont rien concédé et une répression à grande échelle est en cours», déplore Joshua Wong, arrêté plus relâché ces derniers jours comme une dizaine d’autres militants, députés ou représentants syndicaux de l’opposition. Quand il y a une main tendue, «ça s’accompagne toujours d’une mainmise plus serrée sur les droits civiques», redoute le jeune homme.

TOPSHOT – Protesters gather in the bus terminal at Hong Kong International Airport on September 1, 2019. – Hundreds of Hong Kong pro-democracy activists attempted to block transport routes to the city’s airport on September 1, as the financial hub began cleaning up after another night of serious violence marked by fires, tears gas and police beatings. (Photo by Lillian SUWANRUMPHA / AFP) (Photo credit should read LILLIAN SUWANRUMPHA/AFP/Getty Images)

Retour de flamme

Le camp démocratique a déjà connu un violent retour de bâton après les manifestations de 2014 : des députés avaient été démis de leurs fonctions, des meneurs emprisonnés, et la mini-constitution avait fait l’objet d’une nouvelle interprétation par Pékin. Le retour de flamme risque cette fois-ci d’être plus brutal encore, à la mesure de la défiance à l’encontre du gouvernement central, désormais considérée comme un problème de «sécurité et d’intégrité nationale» pour le président chinois Xi Jinping.

Un proche conseiller de Carrie Lam, Ronny Tong, a déjà suggéré de recourir à la police secrète pour éradiquer la violence. La police a quant à elle évoqué sa détermination à venir à bout de la «maladie» qui «se répand dans la ville et empoisonne les esprits des jeunes gens».

Les autorités centrales ont quant à elle averti que la fin du soulèvement approchait. Mardi, la représentation de Pékin à Hongkong soulignait qu’elle avait le pouvoir de déclarer l’état d’urgence. Elle a également appelé toutes les autorités hongkongaises, la justice y compris – faisant fi de la séparation des pouvoirs garantis par le principe «Un pays, deux systèmes» – à combattre ces «criminels illégaux», ces «séparatistes», ces «terroristes appuyés par des forces étrangères».

Mercredi, les opposants hongkongais affichaient leur détermination. Malgré les menaces de Pékin et l’appel au dialogue, il n’est donc pas sûr que le calme revienne avant les festivités du 70e anniversaire du régime communiste.

 

 

 

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2 commentaires sur “Hongkong: le retrait du projet de loi sur l’extradition, «trop peu, trop tard»

  1. Pékin n’a pas besoin de cette loi et va gérer la situation autrement .
    les élites de Hong Kong sont en perte de vitesse et leur trône est fragile . la Chine peut le faire s’effondrer en quelques années !
    la rentrée scolaire s’approche les manifestants vont retourner en cours tout vas se calmer !

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